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Je n'ai pas pour habitude de mettre des 10, ni des 0,1,2,3,4, j'aime bien trouver une note en 5 et 9, mais là, je ne peux pas me résoudre à mettre moins que la note maximale.
En l'achetant, dans un contexte compliqué d'examens sur 3 semaines, je me suis dit que c'était peut-être une erreur. De plus, je n'avais jamais lu aucun auteur russe, et j'aime bien commencer par très simple lorsque j'aborde une culture littéraire. C'est le premier conseil que je vous donnerais : pour lire ce livre, attendez d'être dans une période de votre vie assez calme. C'est dans cette période là que j'ai pu pleinement apprécié l'oeuvre.
C'est un livre très anxiogène, dans le bon sens du terme bien sûr. Il est impossible de ne pas être concentré en le lisant (à moins de vouloir délibérément ne rien comprendre), et on a cette impression qu'on est dépendant de chaque mot, et de chaque dialogue. Pour un individu de culture européenne (ou de tout autre culture que celle russe), l'auteur bouleverse nos habitudes. St-Pétersbourg est à l'image de la Russie, un statut quo culturel et social qui démontre sa spécificité dans notre monde, et une atmosphère glacé masquée par une apparente gaieté.
Raskolnikov, le personnage principal, est le parfait représentant de la ville dans laquelle il vit. Ce livre est un récit d'une descente aux enfers, philosophique et psychique, et pour réussir ce coup de maître littéraire, il fallait un personnage à la hauteur. Il est charismatique, froid et introverti. A l'heure de la littérature moderne et l'inlassable : "il faut que le lecteur s'identifie aux personnages", il est très difficile de s'identifier à Raskolnikov, ce qui renforce le côté mystérieux et mythique de celui-ci. Le mécanisme narratif est aussi brillant bien qu'audacieux : il n'existe pas à proprement parlé de personnages secondaires, dans le sens entier de la définition. Il y a Raskolnikov, et les autres.
Autre spécificité narrative, c'est d'avoir accès aux pensées de notre personnage principal. Au départ, elles sont plutôt la continuation de ses paroles, mais dès le crime commis, le mensonge est quasiment omniprésent, ce qui sera une des grandes raisons de sa chute. Il devient insensible aux événements autour de lui, sauf lorsque ça le touche directement, où il fait preuve d'une grande paranoïa et scepticisme, à quoi succède immédiatement un optimisme malsain.
L'intrigue est en apparence simple, mais les procédés narratifs tellement étrangers, qui peuvent s'avérer rebutants pour certaines personnes, à notre littérature européenne, la complique en réalité.
Je conseillerai cet ouvrage à tous ceux voulant s'intéresser à Dostoyevski en particulier et à la littérature russe en général. Mais lisez le en période de vacance, ou du moins en toute tranquillité de l'âme. Vous ne serez plus le même.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste Top 10 des livres à lire absolument avant de mourir
Créée
le 19 mai 2019
Critique lue 210 fois
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