Je dois commencer cette recension en précisant que la F1 est un univers qui ne m’intéresse absolument pas, voire auquel je suis hostile. Faisant fi de cela, il fallait bien que je teste au moins une F1 romance, genre en soi. Les passages techniques, assez nombreux, ne m’ont pas transporté (ahah) mais ont réussi à me communiquer l’adrénaline de ce sport, due à la proximité avec la mort, et si au bout de la deuxième course je pensais toujours que ça ne devrait pas, ou plus exister, j’avais quand même envie de savoir si Dev, le protagoniste masculin, allait finir la course, et en quelle position.
Dev, donc, pilote de F1 dans une écurie moyenne, cherche à refaire sa réputation numérique après une campagne de com désastreuse pour des tests rapides d’IST (note : oui, les pilotes de F1 sont visiblement des popstars/influenceurs comme les autres). L’occasion se présente en la personne de Willow, tout juste diplômée de communication et marketing du sport – le monde est bien fait, parfois –, amie d’enfance et petite sœur de son meilleur ami Oakley. D’autant que l’année dernière, avant le bad buzz, Willow lui avait avoué ses sentiments de longue date, qui ont percuté ses propres sentiments inavoués à tel point qu’il y eut bisou…
Je n’aime pas du tout le trope de la « petite sœur du meilleur ami ». Cela peut vite renvoyer à un imaginaire de l’enfance, de la famille ; en un mot, incestuel. Ce n’est pas le cas ici et Simone Soltani prend des pincettes pour mettre en place son histoire. Dont acte. La narration est alternée entre elle et lui, je note cependant que pour la première fois dans mes lectures, c’est le personnage masculin le centre de l’histoire. On a l’impression, à la lecture, que les enjeux narratifs tournent tous autour de lui, alors que Willow doit plutôt s’arranger avec des impondérables : trouver un travail, ne pas entacher sa carrière en couchant avec son patron, ne pas fâcher son frère en sortant avec son meilleur ami. C’est un peu dommage. Les personnages secondaires sont assez faibles : Grace et Chantal, les amis-colocs de Willow sont inexistantes et interchangeables, et si Mark et Chava, amis-employés de Dev, ont un trait de caractère reconnaissable (le moine-soldat et le fêtard), ça ne va pas plus loin.
Formellement, Cross the Line est un slowburn avec proximité forcée. Ils s’aiment, ne se l’avouent à eux-mêmes que très lentement, mais sont bien conscient‧es de l’attirance physique mutuelle et doivent absolument y résister pour moult raisons : séparer vie intime et vie professionnelle, abîmer leur relation au frère/meilleur ami… Sauf que chaque chapitre présente une situation où il et elle se rapprochent inexorablement (c’est le principe du slowburn, pas de soucis) et finit par une petite phrase résumant la situation et : « mais jusqu’à quand pourrais-je résister ? » On a bien compris, ce n’est pas la peine de tout surligner à ce point… L’écriture pas folichonne n’est pas aidée par la traduction : pourquoi, en 2025, traduire « crush » (je suppose) en « béguin » ? Le crush est une notion à part entière qui perd toute crédibilité moderne, transformé en béguin.
Néanmoins, c’est une lecture plaisante, Dev et Willow sont plein de green flags, il y a un effort manifeste d’inclusivité (elle souffre d’articulations fragiles, lui est indien, il y a plusieurs personnages racisés). Les scènes de sexe sont plutôt réussies, même si elle nous fait le coup des doigts qui n’arrivent pas à en faire le tour tant elle est petite et fragile, tout en étant forte et indépendante… Il faut, pour pleinement apprécier Cross the Line, réussir à accepter un bourgeois gaze qui, pour ma part, m’agace fortement : personne n’a de problème d’argent, il est ultra-riche, baigne dans le luxe, ses seules préoccupations sont symboliques (sa carrière). Je n’ai envie d’avoir aucune empathie pour ces gens-là. Qui ont pourtant droit, eux aussi, à l’amour. Quel dilemme moral !