J'ai eu du mal à attribuer une note, et j'ai longtemps hésité...

Je ne saurais dire de quel type d'oeuvre relève "D'autres vies que la mienne" d'Emmanuel Carrère. Certainement pas du roman, car il n'appartient pas au genre fictionnel, certainement pas de l'autobiographie... Alors quoi ?

Alors rien, le livre est atypique et l'on n'inventera pas une catégorie pour lui. J'avais l'impression parfois de lire un blog, des morceaux de notes éparses mais liés par une alchimie magique qui faisait que l'ensemble fonctionnait, fonctionne. L'écriture, le style est fluide, facilement accessible.

Le fond, l'histoire de deux pertes, celle d'un enfant pour ses parents, l'histoire de la perte d'une mère pour ses enfants et sa famille, est somme toute banal mais extrêmement bien traité ; sans pathos ou mièvrerie. La mort n'est pas vécue de l'intérieur, elle est racontée, presque scénarisée, désensibilisante à l'extrême.

C'est la forme qui m'a le plus enthousiasmée. Les intertextualités sont légions, explicites ou implicites, la quantité de référence auxquelles Carrère fait appel dépasse de loin l'entendement, comme s'il justifiait, légitimisait la narration de ces deux histoires sans cesse. Comme si ses sources bibliographiques – car il y en a, sans nul doute, du travail de recherche là-dessous- étaient intégrées, faisait corps avec son récit. Carrère convoque des classiques, des spécialistes, des "garants de caution".

Et puis, ce qui est interessant, c'est la portée métadiégétique de l'œuvre. Le titre "D'autres vies que la mienne est un semi-mensonge", Carrère se livre et se raconte énormément dans son livre, mais surtout il raconte sa façon de travailler. La posture de l'écrivain, sa place dans le monde, sa mission, l'endroit de l'écriture... tout ceci n'est pas abordé de manière frontale mais se fait tout de même une place de choix dans l'ouvrage. Et finalement, si le genre n'est pas fictionnel, si les histoires racontées ne sont pas romanesques, l'écrivain, lui, l'est incontestablement.

Quelques longueurs sur la fin du livre, on voudrait se débarrasser des derniers récits de ceux qui « restent » après la mort, parce que finalement l'œuvre raconte plus ce qu'il reste, ce qu'il se passe « après » que la mort elle-même, mais la somme est, à la fin, indigeste. La conclusion, enchâssement explicite de l'histoire de l'écriture dans l'histoire des morts (la fameuse métadiégèse) est plus ou moins inutile.

Le livre en tout cas, laisse l'impression d'une œuvre mature, aboutie, bien construite, maitrisée.

Un exemple, au moins à ce niveau-là mais le fond est trop simple pour en faire quelque chose de magistral. D'où le 7.
Magrat
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le 3 juil. 2010

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