Court roman improprement qualifié de nouvelle, "Délicieuses pourritures" est un récit aussi mystérieux que dérangeant. Le hasard a voulu que je le lise peu de temps après le roman "Les revenants" de Laura Kasischke dont le style m'avait beaucoup fait penser à celui de Joyce Carol Oates. Après la lecture de "Délicieuses pourritures", je tends désormais à penser que Laura Kasischke a pu s'en inspirer pour écrire son roman.


Plusieurs points communs en plus du style d'écriture.


L'action se déroule là aussi sur un campus universitaire américain, dans la résidence étudiante de jeunes femmes inscrites au cours de poésie d'Andre Harrow, émule de D. H. Lawrence (écrivain et poète dont Joyce Carol Oates est spécialiste, soit dit en passant). Marié à Dorcas, une fascinante et plantureuse sculptrice de totems gigantesques évoquant la féminité et la maternité, Andre semble se complaire dans la séduction qu'il exerce sur ses étudiantes parmi lesquelles la narratrice, Gillian.


Le couple exerce un fort pouvoir d'attraction et suscite une curiosité telle qu'elle engendre mystère et rumeurs parmi les étudiantes. Certaines d'entre elles, dites "stagiaires", auraient bénéficié du privilège très recherché de partager quelques heures d'intimité avec les deux artistes. La sculptrice et le poète sentent en effet le fruit défendu et leur absence de moralité, assumée comme l'expression même de leur supériorité artistique et intellectuelle, pourrait bien faire d'eux de délicieuses pourritures...


Comme dans toutes les œuvres de J. C. Oates, il faut prendre le temps de se familiariser avec les ambiguïtés de la narration jusqu'à ce que le puzzle se mette en place, dévoilant les personnages les uns après les autres avant de développer leurs interactions. Le style âpre et souvent nébuleux de l'autrice peut rebuter mais personnellement, j'y suis habituée. Je sais qu'elle va m'emmener quelque part ; j'ai confiance.


J'ai apprécié "Délicieuses pourritures" et son parfum de stupre, tout comme l'ambiance de ce campus 1975 où les mentalités et les moeurs subissent de profonds bouleversements. Un récit court (ce qui est rare chez l'autrice) qui met tour à tour mal à l'aise et intrigue le lecteur. Très réussi.

Gwen21
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le 8 oct. 2025

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