Cet essai abord de front une question fondamentale qui remonte loin dans l'histoire : pourquoi et comment s'établit l'obéissance des peuples à des dirigeants qui, pour l'écrasante majorité se soucient principalement d'eux mêmes, de leur richesse et de leur pouvoir ? Il est de fait que dans la plupart des situations historiques, le rapport de forces serait favorable à la population face à des despotes ou à des oligarchies qui le méprisent, l'abusent et l'exploitent. Or on reste passif... L'analyse est fouillée, en tous cas au début ; cependant, le point d'inflexion est atteint lorsque l'auteur se dispense de creuser l'aspect le plus important : évaluer le rapport bénéfice-risque, en quelque sorte... amendes, licenciement, prison, disgrâce, tabassage, assassinat, tous ces risques existent pour les opposants, selon les pays et les régimes, on le sait. Mais quelles sont les conditions pour surmonter ces obstacles ? L'un des moyens est de s'assurer de l'unité d'intention et d'action. C'est ce qui a fait triompher les révolutions, et qui fera demain tomber les régimes d'oppression, fondés sur la cupidité et la soif de pouvoir d'une poignée de milliardaires et de leurs serviteurs politiciens professionnels. Or Frédéric Gros ne traite simplement pas ce sujet essentiel : il s'embarque dans des considérations sur Jésus, Kant, Deleuze... bien loin de la réalité concrète des maux qui pèsent sur l'humanité. Dommage, mais enfin le livre est intéressant.