Elle aura attendu 60 ans pour enfin vivre dans le bon corps. Logn est en effet née garçon et même jumeau. Et pourtant, elle s’est toujours sentie femme. Essayant de se conformer aux attentes, elle a été un époux et un père. Mais aujourd’hui, elle est résolument femme et en attente de l’opération qui lui donnera définitivement cette identité, ce corps avec lequel elle veut mourir et être enterrée.
Audur Ava Ólafsdóttir a définitivement ce talent d'aborder les sujets les plus complexes et les plus sensibles avec une empathie et une simplicité d’expression qui font immédiatement basculer le lecteur vers la plus grande affection envers ses personnages. Ici, on se sent tout de suite happée par l’histoire de Logn. Un prénom qu’elle s’est choisie en même temps qu’elle a enfin décidé de vivre en harmonie avec elle-même. Pourtant, de calme plat (la signification de Logn en islandais), il n’en est pas tellement question dans la vie de ce personnage.
Car pour vivre en conformité avec ce qu’elle est au fond d’elle-même depuis toujours, elle a dû rompre avec son passé. Dans ce passé, il y a ceux qui la rejettent comme ses sœurs, ceux qui ne comprennent pas tels son ex-femme ou son fils qui refuse de lui confier sa petite-fille en garde, et ceux qui tentent d’accepter comme Trausti, le frère jumeau de Logn.
L’autrice décrit avec beaucoup d’acuité et de pudeur le quotidien de Logn. Sa souffrance, aussi, qui l’amène à penser au suicide. Audur Ava Ólafsdóttir nous offre d’ailleurs une magnifique scène d’ouverture, dans laquelle l’humour n’est pourtant pas absent malgré ce qu’elle évoque, et c’est l’une des qualités de l’écriture de l’autrice qui sait ne jamais être pesante ni inutilement démonstrative.
A travers des allers-retours entre le passé de Logn et sa vie actuelle, Audur Ava Ólafsdóttir construit un récit qui touche au cœur et nous émeut profondément. On ne se lasse décidément pas d’entrer dans ces univers intimes qu’elle nous invite à visiter à chaque roman.