"Celui qui est capable de penser un peu profondément verra bientôt que les désirs humains ne peuvent commencer à être coupables au point où, se croisant par hasard dans leur direction individuelle, ils occasionnent du mal d'un côté et des malheurs de l'autre ; mais que, s'il en est ainsi, ils doivent être coupables et maudits à leur point d'origine et dans leur essence, et que conséquemment la volonté entière de vivre est elle-même maudite."
C'est après une semaine de solitude en Islande, un soir dans une auberge de jeunesse, partiellement éméché, que j'ai eu le plaisir de lire ce passage - cette longue phrase vraiment - que Schopenhauer a écrit il y a désormais deux cents ans. Transpirant la fierté, voire la condescendance, inhérente à l'auteur, elle me rappelait que je me devais de mettre les évidences en mots. Et c'est ainsi que je me suis remémoré la raison pour laquelle je m'étais épris des écrits du misanthrope. Parfois lourd et insupportable, il ne peut s'empêcher d'être tellement juste qu'il en est insultant envers l'intellect.
Dans un court ouvrage au sein duquel il tient à vous faire abandonner tout espoir - toute hypocrisie plutôt - Schopenhauer garde le mot juste et le ton qui lui est si connu. Si vous vivez, vous souffrez. Et si vous manquer à vivre alors c'est l'ennui qui s'impose.