Dune est un grand roman d'aventure et de loin l'opus le plus accessible d'une saga qui s'étalera ensuite sur des millénaires et partira dans une direction radicalement différente de ce qui a initialement fait son succès. En surface, Dune est une nouvelle itération du héros aux mille visages, dans laquelle on suit les pérégrinations de Paul Atréides qui quitte son quotidien tranquille et se retrouve pris au beau milieu d'un conflit galactique. On y trouve toutes les étapes du voyage du héros dans sa forme la plus classique.
En creusant davantage, on peut s'émerveiller de l'univers foisonnant dont Frank Herbert pose les bases. Ce sont des fondations sur lesquelles il construira un écosystème de planète et de factions bien plus élaboré dans les romans suivants, mais c'est déjà remarquablement solide et évocateur. Les quelques planètes que l'on découvre débordent de personnalité, et particulièrement Arrakis dont on explore la mortelle beauté avec une minutie naturaliste.
On découvre aussi certains des thèmes chers à Herbert : politique, religion et écologie, mais d'une manière bien plus digeste et intégrée au récit que ce qu'il se permettra dans les opus suivants. Ainsi, Paul se retrouve au milieu d'un Théâtre d'intrigues politiques et militaires, mais aussi au centre d'une conspiration religieuse qu'il embrasse contre son gré, et qui marquera le début d'une chaîne d'évènements qui secoueront tout l'Empire, et dont les ramifications ne cesseront de grandir par la suite.
Un peu plus profond sous la surface se cachent des analogies géopolitiques difficiles à ignorer (mais à côté desquelles j'étais totalement passé en lisant le roman quand j'étais ado). L’Épice, ou Mélange est une substance rare, qu'on ne peut synthétiser, qu'on ne trouve que dans un gigantesque désert de sable, protégé par une population locale de Tuaregs en colère qui ne comptent pas laisser l'empire colonialiste piller sa terre sacrée. Sans épice, les voyages intergalactiques ont impossibles et toute l'économie de l'Empire se trouve paralysée.
Si tout ça vous fait penser au pétrole, ce n'est pas un accident, surtout quand on connait les sensibilités politiques et écologiques dont Herbert a fait preuve en interview à l'époque de la publication de son oeuvre.
Par exemple, celle-ci, de 1977, dans laquelle il parle déjà de la fin des énergies fossiles
https://youtu.be/kE6NU_FY3VA?si=zTd2ZotX06B2kC1a&t=174
Dune est un roman qui m'est particulièrement cher, car c'est la première saga de SF dont je suis vraiment tombé amoureux. J'ai dévoré l'ensemble du cycle pendant mes années de lycée et j'en ai aimé toutes les adaptations, de Lynch à Villeneuve, en passant par la mini-série fauchée qui mérite largement le coup d'oeil malgré de nombreux défauts. C'est aussi un roman aux thèmes universels qui ne semble jamais vieillir et continuera sans aucun doute à émerveiller de nouveaux lecteurs dans les décennies à venir.