Une de mes lectures préférées.
C'est la sf que j'adore, très bien équilibrée. Le livre est truffé de termes inventés, et nous présente une humanité futuriste avec différents lieux de pouvoir, des hiérarchies internes et externes entre différents acteurs politiques etc. et je trouve que Herbert arrive à tout nous expliquer sans faire de l'exposition forcée, on comprend petit à petit ce qui se joue, et il y a le lexique à la fin si on est trop perdus.
Je trouve que l'équilibre est aussi bon dans la part mystique du roman. Les vision prescientes de Paul, les plans du Bene Gesserit, les visions religieuses des Fremen ainsi que l'intériorité des personnages qui évoluent dans toutes ces composantes sont selon moi des éléments très difficiles à communiquer du fait de la très forte intériorité subjective qu'ils impliquent : comment faire comprendre au lecteur un sentiment mystique interne ressenti par un être qui peut voir le futur ? Je trouve que Herbert arrive parfaitement à nous le communiquer. C'est un équilibre très dur à trouver selon moi : soit on tombe dans l'incompréhensible total, avec des analogies qui ne fonctionnent pas, des descriptions surréalistes qu'on n'arrive pas à suivre ; soit à l'inverse on risque de manquer de profondeur et de singularité. Dans Dune, je trouve qu'on est pile là où il faut : on a vraiment l'impression d'être systématiquement sur la brèche entre incompréhensible et clair, et pour moi ça fonctionne, ça retranscrit ce que j'imagine être la vision d'un humain doté de capacités psychiques qui permettent d'entrevoir l'avenir.
Enfin, je trouve que le roman parvient à nous déplier une histoire longue et riche, avec des enjeux divers, religieux, personnels, politiques, et malgré tout à produire l'effet d'un page-turner, le plaisir de lecture est au rendez-vous.
Critique que j'ai parfois entendue sur une vision colonialiste de Herbert avec le roman, mais pour moi il montre assez la manipulation qu'ont fait les grandes puissances sur les Fremen. Cela dit c'est vrai que la "morale" du roman c'est un peu que le messie blanc arrive pour sauver les arabes du désert, j'ai pas trop creusé pour le moment je viens de finir le livre, mais c'est une des rares réserves que j'ai sur le livre (ça et le Baron Harkonnen, seul personnage homosexuel, qui est un tortionnaire sadique et pédocriminel)