J’ai découvert Laurent Obertone un peu par hasard, à travers quelques interviews.

Peut-être pas les meilleures, peut-être pas les pires non plus, mais suffisamment convaincantes pour me donner envie d’aller voir ce qu’il avait à dire sur le papier. Il y avait cette présence, cette manière d’exposer les choses, et surtout un livre de non-fiction dont on semblait dire beaucoup de bien. Forcément, la curiosité a fait le reste.

J’avais besoin de savoir de quoi ça parlait, et surtout de voir si j’allais y trouver quelque chose de fort, de percutant, peut-être même de nécessaire.

Alors oui, je suis parti avec des attentes. Sans doute un peu trop grandes. Mais je sais aussi me méfier de moi-même, savoir calmer le jeu, analyser à froid quand une œuvre ne correspond pas à ce que j’espérais. Sauf qu’ici, la chute a été rude. À tel point qu’à la moitié de Éloge de la force, je me suis sincèrement demandé si je n’étais pas en train de lire une parodie de coach en motivation.


Le premier vrai mur, pour moi, ça a été le style.


Avant même de parler du fond. Un style ultra incisif, des phrases très courtes, un ton sec, martelé, et surtout des répétitions. Mais quand je dis répétitions, c’est massif. Dès qu’une formule se veut un peu poétique ou percutante, elle est répétée encore et encore, parfois sur des paragraphes entiers. À force, ça alourdit la lecture au lieu de la renforcer. On se retrouve avec un mélange étrange entre sécheresse et redondance, et surtout cette sensation constante de ne pas savoir précisément où l’auteur veut en venir.

J'invente en imitant son style:

"Tu n'en as pas marre d'être nul? Tu n'en as pas marre d'être insulté? Tu n'en as pas marre d'être violenté? Tu n'en as pas marre d'être secoué? Tu n'en as pas marre d'être une *insérer objet peu reluisant*"

J'ai l'impression d'être face à l'écriture d'un adolescent qui tente de faire un discours motivant en secouant maladroitement les lecteurs.


Et c’est d’autant plus frustrant que, derrière ça, on sent une vraie volonté d’analyse!


Une envie sincère de dire quelque chose de fort sur la société actuelle. Sans être le plus complotiste, mais comme beaucoup, je ne suis pas à l’aise avec l’époque dans laquelle on vit. Ce sentiment diffus qu’on nous prend pour des cons, nous le peuple, il est bien réel. Et là-dessus, le livre touche juste et va dans le même sens que moi. Il y a une colère qu’il sait activer, une forme de discours de révolte, presque un texte qu’on pourrait imaginer prononcé avant d’entrer dans la bataille.

Sur ce point précis, je ne peux que saluer l’intention.


La dénonciation de la perte de liberté individuelle face à l’État et aux médias, je suis en accord avec ce qui est écrit. Certains passages sont même plutôt bien détaillés et agréables à lire. Il y a aussi cet appel à l’action, cette invitation à sortir de l’inaction, à résister. Et ça, par principe, j’ai du mal à le rejeter. Je passe mon quotidien à pousser les gens à l’effort, à la responsabilité. Certaines phrases, très honnêtement, j’aurais pu les prononcer moi-même.

Je comprends parfaitement que ce livre ait pu émouvoir, galvaniser, réveiller certains lecteurs.


Mais voilà, le problème, c’est le ton.

Ce tutoiement permanent, cette posture d’attaque constante. À force de vouloir secouer le lecteur, l’effet inverse se produit. Je me suis souvent demandé à qui le livre s’adressait réellement. Si c’est quelqu’un de déjà convaincu, il va surtout se sentir insulté sur des choses dont il est déjà conscient. Et si c’est quelqu’un qui ne l’est pas du tout, il n’ira jamais acheter ce livre en plus d'en avoir marre de lire ce texte un poil enfantin.

Dans les deux cas, le ton accusateur finit par agacer tout le monde.

Et pourtant, je ne suis pas tendre de base. Je crois même à une forme d’éducation parfois dure. Mais ici, j'ai eu le sentiment d’une dureté singé. Plutôt quelque chose qui cherche à en donner l’illusion. À la longue, ça devient caricatural, presque ridicule.


Et pour ne pas réduire ma lecture uniquement au style et au ton, il y a un autre problème majeur. Les solutions...

Elles sont vagues. Très vagues. Pas concrètes. Le livre démarre sur quelque chose de flou, promet une éloge de la force, pour finalement passer énormément de temps à invectiver son lectorat, à lui demander de devenir un citoyen qui n’a pas honte de ses pensées. Sauf que peut-être qu’on ne partage pas toutes ces pensées. Peut-être qu’on se fout aussi, très franchement, de certaines obsessions autour du pays ou de sa survie. Et surtout, peut-être qu’on attendait simplement ce qui était annoncé, à savoir une "éloge de la Force"...

À la place, on a droit à des propositions très théoriques, sans véritables applications politiques ou pratiques. Dès le quatrième chapitre, je me suis dit que l’introduction était sacrément longue. Et c’est là que ça devient vraiment problématique. Parce qu’à ce moment-là, j’étais déjà à la moitié du livre. Et je me suis rendu compte qu’on essayait de me distiller des leçons… que je n’avais toujours pas vues.


Au final, j’ai terminé avec une franche impression de gâchis. Celle d’un texte qui aurait pu être fort, nécessaire même, mais qui s’enferme dans son propre effet de style, répète ses slogans, promet beaucoup et donne peu. Et surtout, qui finit par perdre le respect de son lecteur là où il cherchait à le réveiller.

Je vais éviter de tomber dans le fait de catégoriser cet homme, sur un seul texte. Peut être que j'avais là son pire livre et que les autres sont bien meilleurs... Mais après en être ressorti, j'avoue que je vais simplement me débarrasser de ce bouquin qui porte plutôt mal son titre.

KumaCreep
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le 23 févr. 2026

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KumaCreep

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