Emily
7.7
Emily

livre de Stewart O'Nan ()

La Slow Food est à la mode. Avec Emily, Stewart O'Nan a écrit une sorte d'équivalence littéraire : que de bons produits mitonnés avec amour, à déguster lentement, un plaisir de gourmet. Emily, donc, a 80 ans. En bonne santé et libre, à son corps défendant : son mari est mort, sa meilleure amie aussi, sa fille et son fils, ainsi que leurs enfants, sont loin. Emily est (très) disponible et (un peu) seule. C'est le champ des possibles : elle doit donner un sens à ce qu'il lui reste de vie, sans céder à la nostalgie, au soir d'une existence bien remplie qui ne lui laisse ni regrets, ni remords. Il lui faut juste continuer et c'est tout le talent de l'auteur que de nous conter, au quotidien, avec un art consommé pour ciseler les détails, la vie très ordinaire de son héroïne, ses inquiétudes, sa routine domestique, son observation aigüe du monde qui l'entoure, ses petits bonheurs. Le livre pourrait être fort ennuyeux, car il ne s'y passe presque rien, une éraflure sur sa voiture prend une importance démesurée, la venue de sa femme de ménage, deux fois par semaine, est un événement considérable. Mais non, c'est passionnant et émouvant à lire, parce que fondamentalement juste et universel. Deux personnages se détachent au côté d'Emily : Arlene, sa belle-soeur, sa compagne de sortie, avec laquelle elle partage la même vision du monde, moyennant quelques coups de griffe à l'occasion, comme dans toute relation amicale et tendre qui se respecte. Et puis il y a Rufus, chien fidèle et vieillissant, qui décline de jour en jour. Il est comme le miroir déformé de ce qu'Emily pourrait devenir si elle n'était aussi digne et résistante. Alors, elle se moque de lui, lui parle sans cesse, le caresse et le morigène. Pathétique ? Non, touchant, comme l'ensemble de ce roman qui dresse aussi un portrait intime de Pittsburgh. Avec une infinie délicatesse, Stewart O'Nan nous apprend que l'on peut commencer une vie nouvelle, sans rancoeur ni amertume, à 80 ans passés.

Cinephile-doux
8
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le 16 janv. 2017

Critique lue 214 fois

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