Anne Plantagenet a assisté au procès d’assises qui s’est tenu à Albi du 22 septembre au 17 octobre 2025, et à l’issue duquel Cédric Jubillar a été reconnu coupable du meurtre de sa femme Delphine. Admise dans la salle d’audience en tant qu’écrivaine, elle livre « une reconstruction littéraire, donc totalement personnelle, » de ce qu’elle a vu et entendu.

Ce livre n’est pas un simple récit du procès de Cédric Jubillar. Anne Plantagenet prend de la hauteur pour montrer que ce qui se passe au cours du procès, le traitement de la victime, l’image bafouée de la Femme, l’utilisation des médias par les avocats de la défense, est le révélateur d’un problème sociétal plus large. A propos de l’arrivée de l’accusé au tribunal, elle écrit ainsi : « L’homme qui suscite cet attroupement n’est pas un chef d’état, ni une star de cinéma, ni un sportif de haut niveau, ni un influenceur célèbre. Encore moins un militant des droits humains ou un chercheur au CNRS. C’est Cédric Jubillar, un peintre plaquiste de 38 ans jugé devant la cour d’assises du Tarn pour le meurtre sa femme. »

Alors que l’accusé bénéficie d’une vraie célébrité, et parfois d’un capital sympathie de la part du public, on reproche à son épouse, la victime, d’être soi-disant, une mauvaise mère. L’autrice commente : « Je suis sidérée d’entendre qu’en 2025 en France on puisse encore opposer le statut de femme et celui de mère, cette dichotomie archaïque de la maman et la putain, comme si une femme qui s’apprête et se maquille, reprend possession de son corps et éprouve du plaisir physique ne pouvait pas être une – bonne – mère. »

Anne Plantagenet montre comment la victime, dans de nombreuses affaires, passe au second plan. C’est le nom de l’assassin que l’on retient, c’est lui qui reste dans les mémoires. La victime est effacée, une première fois par le meurtre, une deuxième fois par la fascination exercée par l’accusé sur les médias. L’écrivaine, dans ce livre, s’attache à rendre à Delphine Aussaguel son visage, des émotions, des sentiments, son statut. Elle raconte de façon très pudique et émouvante les dépositions de ses frères et sœurs, celle de la mère de Cédric Jubillar, si digne, et si loin de l’image donnée d’elle par les médias.

Enfin, l’autrice évoque sa relation avec l’un de ses fils, qui lui a révélé récemment un événement grave le concernant et qu’elle ignorait. Cet aspect-là du livre m’a moins convaincue car elle ne souhaite pas donner de détails, ce qui se comprend et qui est en cohérence avec la pudeur dont elle fait preuve dans son récit. Mais il manque du lien entre cet événement personnel et le procès Jubillar.

Néanmoins, je recommande la lecture d’En l’absence de corps, pour la dignité et la pudeur, omniprésentes dans le livre, et le message qu’il porte. Puisse-t-il contribuer à faire évoluer encore la place des femmes dans notre société.


Je remercie Netgalley et les éditions Julliard pour l'envoi du service presse.

#Enlabsencedecorps #NetGalleyFrance

Nelly-H
9
Écrit par

Créée

le 20 juil. 2026

Critique lue 11 fois

Les Aérostats

Les Aérostats

4

Nelly-H

le 22 août 2020

Suivre

Critique de Les Aérostats par Nelly-H

Ange est étudiante, elle a dix-neuf ans. Elle vit en colocation avec Donate, qui est une râleuse invétérée. Pour arrondir ses fins de mois, elle accepte de donner des cours de français à Pie, un...

Mon mari

Mon mari

9

Nelly-H

le 6 sept. 2021

Suivre

Critique de Mon mari par Nelly-H

La narratrice (qui n'a pas de nom) a beaucoup de chance : une maison agréable, deux beaux enfants, un mari que tout le monde lui envie et dont elle est toujours follement amoureuse. Un peu trop même...

La Femme de ménage

La Femme de ménage

6

Nelly-H

le 23 mars 2025

Suivre

Tout ça pour ça !

Ex-taularde, Millie n'aspire qu'à une chose : trouver un emploi stable et ne plus avoir d'ennuis avec la justice. Lorsque Nina l'embauche comme femme de ménage, elle se promet de faire de son mieux...