Bien complexe de donner un avis tranché sur le travail de Jean Teulé, à mon sens. Je suis souvent partagé entre ceux qui détestent sa manière souvent trop "grand spectacle" d'étirer en vain de courts événements historiques insolites, et ceux qui y voient ce qu'il y a de plus simple : un divertissement en bonne et due forme, couplé à une certaine forme de rigueur côté documentation sur les dits événements.
Faire son beurre sur de tel événements, en abandonnant très (trop ?) facilement la véracité historique au profit de l'aspect purement fictionnelle de ses œuvres, voilà donc le fameux "cas Jean Teulé" avec lequel je ne sais que penser.
Mais dans le cas de ce roman, fort est de constater que je rejoins sans problème la caste des conspuants, car il faut dire les choses : il y a un sérieux problème avec ce récit.
Le rythme est lent, et l'on sent rapidement la trop faible documentation disponible autour du sujet traité, ce qui amène le récit à faire des digressions inutiles, à se balader comme au rythme des danseurs fous qui jalonnent les rues de Strasbourg.
À cela s'ajoute un autre problème, qui est la façon d'écrire de Teulé, du moins sur cet ouvrage là. Usant jusqu'à l'abus de formules de langage grossières , on sombre à plusieurs moments dans des dialogues enfantins et des références modernes qui ne peuvent s'emboîter avec l'époque décrite. Ce décalage permanent entre l'écriture et l'univers dépeint n'offre non seulement aucune attache, mais déçoit quand on sait le potentiel de dénonciation qu'offre ce genre d'événements.
La critique d'une Église aux ressources importantes qui, en pleine crise, n'ouvrira jamais ses portes aux nécessiteux, est ici traité avec aucune pincettes, préférant nous lâcher un narrateur au ton railleur. Ce qui sauve finalement le roman du naufrage, c'est l'aspect purement insolite et inexplicable de cette épidémie de danse qui aura frappé Strasbourg, et dont la solution finale, d'une sauvagerie totale, laissera quand même une marque dans l'esprit du lecteur.