Les cent premières pages, qui racontent la guerre et le premier mariage du héros, sont très bien faites. C'est précis, distancié, à la fois léger et un peu menaçant, on se demande vraiment vers quoi on va. Eh bien, malheureusement, ce premier nœud de l'intrigue dénoué, pas vers grand-chose... les 300 pages restantes étant la répétition parfaitement monotone d'aventures sentimentales plus ou moins sans lendemain, réduites à la dimension physique le plus souvent. So, is that all ? Le sexe ?
Je ne veux pas donner dans la police morale de l'époque, mais j'ai été un peu déconcerté par la façon dont le héros se venge d'une ancienne maîtresse en couchant avec la fille de cette dernière, de 30 ans sa cadette, ce qui est présenté comme parfaitement normal. C'est de toute manière le moment où la litanie de ses aventures sentimentales commence à friser le ridicule, comme dans ces films d'autrefois où une jolie jeune femme tombait raide dingue d'un vieil acteur au premier regard.
Pourtant, il y a certainement du bon. La façon dont la narration progresse paradoxalement en donnant de multiples portraits connexes. Une certaine vision assez tchekhovienne de la banalité de la vie. L'amour de la littérature qu'on devine en creux. Dommage que ce soit trop long pour le degré d'élaboration des personnages (à commencer par le héros, Bowman, qu'on ne ressent pas), épouvantablement traduit (ces fautes de français... Y avait-il grève des correcteurs ?), et qu'il y ait répandu sur le tout cette poisse de vieux mâle qui fantasme. J'ai failli être séduit par la mélancolie tranquille qui émane de l'ensemble, et trouve sa meilleure expression dans les toutes dernières pages. 6.5.