Le documentaire sur les fous est un sous-genre en soi. Cet opus est beaucoup plus convaincant à mon sens que le très complaisant et faible "Sur l'Adamant" de N. Philibert sorti l'an passé, qui adoptait une vision romantique de la "maladie mentale" et ne disait pas grand-chose, pour ne pas dire rien, des conditions ultra-majoritaires de sa prise en charge, en-dehors d'un îlot de psychothérapie institutionnelle comme ce gentil rafiot. Ce en quoi cet "État-limite" doit beaucoup, évidemment, au jeune psychiatre plutôt attachant, quoiqu'un peu exaspérant (dans sa logorrhée et sa posture anti-psychiatrique, assez contradictoire au demeurant avec ce qu'on le voit faire) qui en est le héros. C'est d'ailleurs ce qui fait l'intérêt du film, cette ambivalence, et ce soignant au bord du gouffre.
Quelles sont les limites du film (en tant que film) ? Eh bien, justement, presque 2 heures centrées sur ce seul personnage magnifié, sans qu'on approfondisse vraiment la critique du management toxique qui a conduit à ce désastre, sans que les patients aient vraiment voix au chapitre, c'est long, parce qu'au bout d'une heure, eh bien on a largement compris. Malgré cette réserve de spectateur, je cautionne intégralement la démarche. Il faudrait des entreprises documentaires similaires pour tous les services publics qui s'écroulent. Parce que la réalité n'est pas dans les tableaux Excel des gestionnaires.