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K. à Auschwitz
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le 14 sept. 2019
Première lecture de cet auteur hongrois, Imre Kertész.
Ce récit autobiographique, prenant place en 1944 durant la Seconde Guerre Mondiale est une mise en lumière de la Shoah en Hongrie. Écrit en 1965, il ne paraîtra qu’en 1975, d’abord ignoré par le milieu littéraire mais renaîtra après la chute du mur.
Le narrateur est âgé de 15 ans et nous emmène avec lui, innocemment, nous décryptant au travers d’une reconstitution immédiate, l’avant, le pendant et l’après déportation depuis Budapest jusqu’aux camps concentrationnaires d’Aushwitz puis Buchenwald.
Contexte exprimé, il serait naturel de penser inconsciemment peut être, à s’armer de courage afin de prendre du recul et ne pas être trop heurté par une potentielle description d’horreur comme on peut se le figurer à première vue (selon la sensibilité de chacun).
Cependant, le récit se joue de nous et réussi à nous déranger, nous retourner, il nous titille puis nous désarçonne.
Je parlais de recul précédemment, parlons en. Le narrateur nous expose l’inacceptable avec une simplicité et une innocence tel que l’on se demande parfois pourquoi on prend autant de plaisir à lire ces atrocités détaillées.
Le temps s’arrête, est répétitif mais pourtant nous buvons les paroles du narrateur. En effet, la faculté fascinante de l’enfant à faire appel à l’imaginaire et aux détails insignifiants et beaux, inhérent à la nécessité de sortir de ce cauchemar est remarquable. La douceur de l’enfance nous imprègne et la naïveté nous contamine. On se surprend à prendre avec légèreté certains passages qui, lorsque l’on se réveille, nous embêtent.
On est perturbé par la sagesse de l’enfant qui décrit le coucher de soleil lors de son arrivée à Auschwitz-Birkenau.
Les scènes sont remarquablement décrites, le moindre détail semble se faire visualiser, jusqu’à la lumière des lieux (une scène en particulier au début du livre dans une salle à manger, quand la famille fait ses adieux au père qui s’apprête à se faire arrêter me trotte encore dans la tête tant les jeux d’ombres sont visualisables) faisant presque se mouvoir le texte en scène de cinéma dans notre esprit. Celles-ci sont si bien décrites que nous avons l’impression d’accompagner le jeune homme et d’être l’ombre du narrateur.
L’enfant nous apprend; il use de son imagination pour s’évader du camp. (Je dis enfant, mais on s’entend, il a 15 ans). Il est connu que certains enfants, pour lesquels l’environnement est perturbant, s’en protègent par nombre de stratégies comme l’inhibition ou l’emprise, et l’imaginaire qui jouerait un rôle de refuge, de protection permettant de mieux appréhender la réalité. Ceci se fait ressentir et nous, prisonnier de l’échappatoire de l’enfant, sommes presque dans l’impossibilité de faire marcher notre propre imaginaire pour s’évader, tant le récit nous émeut et nous captive.
Le jeune homme narre des scènes tantôt belles, notamment l’entraide entre les prisonniers, tantôt affreuses, celles-ci varient mais ce n’est pas le cas du ton du narrateur, qui nous semble impassible et impavide.
Quand on pense au travail de mémoire, de distanciation de l’auteur mais aussi de projection dans un soi plus jeune, on peut vraiment se dire que le monsieur a un sacré talent.
Ainsi, ce livre, sur lequel je suis tombée par hasard dans la bibliothèque familiale m’avait intriguée, et j’en ressors secouée. Le visage sur la couverture est à l’image du récit, dur mais lunaire, empreint d’une légèreté qui laisse sans voix.
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Créée
le 2 août 2022
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