Il est de ces romans dont la beauté de ne se dévoile pas au premier venu. Eux, roman d'anticipation à l'esprit orwellien écrit par l'autrice Kay Dick, jusqu'à alors inconnu sur nos contrées littéraires, est de ce genre là.
Édité par Le Livre de Poche, Eux relate l'histoire d'une perte. Celle de la culture et des arts humains, dérobés par une poignée d'êtres devant rapidement des millions, annihilant avec discrétion toutes formes d'arts et de création...mais aussi toutes formes d'émotion. Les célibataires sont enlevés, les artistes voient leurs œuvres détruites... L'âme humaine est à l'abandon. Rapidement, une résistance s'installe et tente tant bien que mal de survivre dans un havre de paix... Mais pour combien de temps encore cette paix sera-t-elle accessible ?
Avec Eux, l'autrice Kay Dick éclate les unités de lieu et de temps en alternant les points de vue au travers d'un agglomérat de neufs récits situés dans le même univers. Le fait de n'avoir aucune véritable introduction ou conclusion donne lieu à une première lecture particulière, mais pourtant profondément marquante. Le récit, teinté de contemplation, prend place dans un cadre côtier, ancré dans une ambiance fleurant bon le sel marin et les fleurs séchées. La menace, quant à elle, s'éloigne des canons standard du récit dystopique, car si elle est bel et bien présente, elle émane de façon discrète, presque éthérée, sous la forme d'un "ils" omniprésent.
Et pourtant, elle frappe, durement, pillant les cœurs et l'âme des artistes, extirpant ainsi toute once d'humanité.
Ce récit dystopique, perdu pendant de nombreux années, est réapparu sur nos côtes littéraires, et il est à mettre entre toutes les mains !