Ce recueil d'Alejandra Pizarnik réunit des poèmes et des proses fragmentaires d'une grande densité expressive, dans une écriture toute en retenue, d'une grande maîtrise et incroyablement travaillée.
Alejandra Pizarnik, comme les peintres Bosch, Van Hemesen et Bruegel, reprend le mythe moyenâgeux de la pierre de la folie (protubérance sortant du front pour exprimer la démence intérieure) pour construire l'image de sa propre douleur de vivre. "Éternelle fille de l'enfance assassinée" comme elle s'est souvent nommée elle-même, Pizarnik se sert de la poésie pour révéler au jour et interroger son angoisse existentielle.
Mal de vivre et perte du paradis de l'innocence s'accommodent de la folie comme réconfort. La blessure spirituelle du poète se manifeste dans une radieuse fureur, en quête obsessionnelle de sa propre voix (et voie) mais aussi en recherche d'un refuge et d'une consolation dans l'art poétique.
Son monde, sa vision des choses sont seules à exister et créent le monde extérieur à partir d'elle-même, telle une réflexion profonde sur sa propre identité. Comment trouver la raison quand la démence semble inévitable ? Inévitable car la parole et l'écriture sont des issues pour cette folie qui devient élément constitutif identitaire. C'est enfin une quête d'écriture totale qui anime ce recueil comme toute l'œuvre de cette grande poétesse argentine.