Auteur peu connu en France, je copie colle ma fiche de lecture (scolaire, donc) rendue sur ce bouquin pour ceux qui tiendraient à se faire une idée.
Présentation générale
Andrej Stasiuk est un auteur, éditeur et journaliste polonais contemporain né en 1960 à Varsovie et recomposé de plusieurs prix littéraires (Prix de la fondation culturelle de Pologne (1994), prix Koscielski (1995). Il est considéré comme l’un des chefs de file des nouveaux écrivains polonais.
Sous le régime communiste, il est militant pacifiste et refuse le service militaire qui le conduira deux ans en prison, expérience qu’il racontera dans Mury Hebronu («les murs d’Hébron ») et s’implique par la suite dans des journaux clandestins.
Il s’installe en 1987 à Wołowiec dans les Beskides, région montagneuse des Carpates s’étendant sur quatre pays : République Tchèque, Slovaquie, Pologne et Ukraine, un endroit symbolique pour Stasiuk pour qui les frontières représentent tout et rien à la fois.
Journaliste, essayiste, critique et poète, il publie dans Czas Kultury et dans Tygodnik Powszechny et ses romans sont régulièrement traduits dans plusieurs langues.
Depuis 1996, il dirige avec sa femme, Monika Sznajderman la maison d’édition Wydawnictwo Czarne, spécialisée dans la littérature d’Europe Centrale.
Ses écrits mêlent littérature de voyage et romans dans un style entre la fiction et le reportage.
Dans Fado, publié en 2006 en Pologne puis en 2009 en France, Stasiuk livre ici un journal intime de ses voyages en Europe Centrale.
Résumé
L’ouvrage est composé de multiples chapitres (24) de quelques pages indépendants les uns des autres. Cette composition rend l’œuvre difficile à résumer ; par l’absence de trame narrative d’une part, et parce que les thèmes des chapitres –lorsqu’il y en a- abordent tant la géographie d’une région, qu’un aperçu d’un peuple ou d’une coutume, voir parfois simplement l’évocation d’un sentiment.
Stasiuk, bien qu’effectuant comme il l’indique un « on the road » slave, ne dresse ici pas un récit de voyage dans le strict sens du terme. Le parcours annoncé au chapitre 5 « la carte » : n’est pas respecté : « dans quelques jours, je ferai mes bagages, je prendrai ma voiture et je partirai pour Belgrade. Je passerai par la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie ». Or s’il passe effectivement par ces pays, c’est dans le désordre qu’il narre ses expériences, et s’offre aussi le passage vers l’Albanie et la Slovénie.
Ici et là il brosse le portrait de régions et de peuplades peu connues, dont selon lui tout le monde se désintéresse : « finalement, qui est-ce qui se rend au Kosovo ? » (p54). De l’ex-Yougoslavie aux Carpates et ses bourgades oubliées en passant par ces endroits que « seuls les roms n’osent peupler », il raconte ces réalités oubliées, ces coutumes, ces langues qu’il sent en déclin face à une mondialisation qui absorbe tous les particularismes et dont rien d’authentique ne subsiste.
Stasiuk est en effet amoureux de cette Europe Centrale qu’il peint, et qui se différencie selon lui de l’occident par sa faculté à se nourrir du passé « Seul ce qui est passé existe, car cela possède une forme, c’est saisissable, palpable et nous préserve dans une certaine mesure de la folie, de l’anéantissement mental.» (p137).
Amoureux donc, mais pas aveugle, et même ouvertement pessimiste quant au devenir de ces enclaves slaves. Des chapitres comme « Il ne pleut pas sur les montagnes maudites » où il décrit la solitude et l’ostracisassions du Nord par le Sud, ou « Devant la station service » où il brosse le portrait d’une jeunesse polonaise rurale sans repères, Stasiuk fait preuve d’une lucidité déroutante, et se fait prophète de lendemains noirs.
Son retour en Pologne dans les derniers chapitres, puis son retour en enfance lors de certains passages introspectifs ainsi que l’évocation de sa fille viennent cependant redonner une teinte d’espoir à Fado. Dans « La sérénité » qui conclue l’œuvre et où il se revoie à dix ans, il évoque ainsi l’éternité, « grâce à laquelle la mémoire reprend ses forces et sa foi », un épilogue que l’on imagine extrapolable à ces régions dont il s’est fait le récit.
Prolongements
C’est au hasard que j’ai trouvé ce petit livre de Stasiuk, dont le titre Fado signifie en portugais un genre musical prenant la forme d’un chant mélancolique accompagné par des instruments à cordes.
J’ai été vraiment charmé par ce récit, d’une part parce qu’il évoque des sujets auxquels je suis attaché : la mémoire, la nostalgie mais également parce qu’il met en valeur ces endroits abandonnés de tout et de tous et qui m’ont toujours fascinés tout comme ces populations vivant en marge de nos sociétés, avec leur propre codes, leurs propres bonheurs également malgré la pauvreté et l’exclusion dans laquelle ils vivent.
Le style même de Stasiuk est lui aussi plaisant, incisif et désabusé, il sait aussi manier l’humour, parfois noir comme il faut et c’est un régal à la lecture. Je regrette cependant qu’il n’aille parfois pas plus loin dans ses réflexions, mais c’est peut-être le format « récit de voyage » qui veut ça, et je vais tacher de lire d’autres de ses œuvres pour me faire une idée.
Idéologiquement parlant, difficile de saisir exactement l’homme et ses pensées. En alternant passéisme avoué mêlé de conservatisme puis partisan de l’homme sans patrie -avec notamment son analogie sur ces chiens qui passent sans s’en rendre compte les frontières roumano-bulgares et se moquant des douaniers- il est compliqué de saisir sur quel pied il danse, ce qu’il désire réellement. Quel devenir pour ces identités ? Lui-même ne se l’explique pas très bien et sans véritable ennemi désigné, le récit prend alors un petit effet « coup d’épée dans l’eau », sa verve et la profondeur de certaines réflexions ne servent ici qu’à établir un amer constat, quand un appel à la protestation - même masqué- eut été peut-être plus pertinent.
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