Guilhem d'Ussel est l'archétype du chevalier errant par excellence, celui qui défend la veuve et l'orphelin, pris dans des dilemmes moraux et les impitoyables règles de l'amour courtois, et auprès de qui on aime chevaucher et vagabonder dans les tourments de l'histoire.
Dans cet opus remarquable, on suit deux intrigues principales croisées dans la Normandie déchirée entre les familles fidèles à Richard Coeur de Lion et celles ayant prêté allégeance au Prince Jean de Mortain, avec une apparente facilité, et tout retombe toujours sur ses pattes, dans un tissage narratif extrêmement habile et sans raté. On n'apprend la vérité que tardivement après bien des fausses pistes et des indices qui nous font douter sur l'identité de bien des personnages. Les références littéraires, les mots d'ancien français glissés de-ci de-là et les descriptions des vêtements et de l'architecture nous régalent sans être indigestes. Chaque personnage secondaire a sa teinte propre, nuancée, et leurs interactions sont narrées avec maestria. Jamais de lourdeur ni de pédanterie dans cette écriture où tout coule, des exploits picaresques aux passages de romance simple et efficace, des serments et fourberies parfois inattendues, un tournoi haut en couleur, des ruses rocambolesques et des courses-poursuites qui nous font tourner les pages avec passion. De quoi créer une addiction durable pour l'oeuvre de Jean d'Aillon qui est, fort heureusement, très prolifique.