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le 22 mai 2022
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BD adulte de 2020, "Chinese Queer" est ce genre de Bd qui comporte une forte dimension philosophique existentielle, un côté de critique sociale et un graphisme assez particulier.Faire un résumé de...
Incontournable Roman Mars 2026
Ce petit roman de 80 pages nous invite dans la psyché d'un personnage masculin sans nom qui se sent complètement déphasé par rapport au concept construit de virilité. J'ai aussi envie de dire que c'est un roman féministe, en ce sens où il s'axe dans une logique où les genres sont égaux et où personne ne devrait subir de discriminations basées sur leur genre. Oui, le féminisme, ça concerne bien sur les hommes aussi, puisqu'il existe encore à ce jour des discriminations de genre contre les garçons. Cette histoire en illustre une.
Adolescent qui se définit comme "peureux", notre héro est surtout un garçon qui une bonne capacité d'auto-préservation, ce qui dénote du jugement. Contrairement à bien des garçons de son quartier, il ne se sent pas la fibre audacieuse et téméraire, au grand damne de son oncle, pour qui un garçon "ça prend des risques si ça veut devenir un homme". On a même tenté de discréditer sa famille en alléguant que ses craintes récurrentes sont liées au fait qu'il n'a pas de "modèle masculin", son père étant mort d'un bête accident de travail. Notre narrateur dénonce cette association, car de son avis, sa mère s'est toujours battue pour leur offrir une vie confortable, elle n'a donc rien à envier aux "hommes forts". L'adolescent vit donc avec la culpabilité du garçon qui se sent marginal, loin de "l'idéal masculin" qui fait tant rêver son oncle. Un peu comme cet ado qui a faillit se faire renverser par un chauffard en bagnole sport rouge vif, qui n'a pas décélérer en le voyant. Son oncle multiplie les tentatives de "le déniaiser" pour lui enfoncer du courage à grand coup de comportements à risque, mais rien à faire, notre héro est simplement plus anxieux encore. Il aura toutefois l'occasion de réaliser qu'être prudent et d'écouter son instinct ne sont pas des défauts, loin s'en faut.
Attention, je divulgâche la suite.
La sœur de notre héro est tout son contraire: effrontée, capable de se défendre avec verve et généralement doté d'une confiance en soi solide, la grande soeur subit toutefois les affres du sexisme social quand, en voulant sortir un soir, on questionne autant sa tenue que son choix de sortir tard. Comme le fait d'ailleurs remarquer le narrateur, rien ne le prémunit d'être molesté en pleine rue lui aussi, mais la différence, c'est qu'on ne lui fera pas sentir que c'est sa faute si cela arrive. Afin de trouver un compromis, leur oncle fait une suggestion pas franchement fameuse: Que notre narrateur accompagne sa sœur à sa soirée. Ça ne plait à aucun des partis, c'est le moins qu'on puisse dire, mais c'est ce qui va arriver. Anxieux sans bon sang, notre ado dors très mal la nuit précédant la fameuse soirée, ce qui le fait sombrer dans une sieste non planifiée lors de ladite soirée, malgré la musique de boite de nuit. Les deux ados sont catastrophés de réaliser qu'ils sont en retard pour l'heure du couvre-feu de 2h du matin, puisqu'il leur faut 1h de marche pour revenir. Le prospect de la grand soeur, un jeune homme qui n'a pas l'air des plus finauds et dont les cellules grises marinent dans l'alcool propose de les ramener avec son ami. Et il se trouve que c'est le propriétaire de la bagnole sport rouge qui a failli heurter un jeune ado.
Face à ce constat glaçant, notre jeune homme connait une fabuleuse crise de panique, pleurs, hyperventilation et dissociation cognitive inclue. Hilares, les deux ploucs éthyliquement intoxiqués ne trouvent rien de mieux à faire que de rire de lui, ce qui lui donne le coup de fouet qu'il lui fallait pour prestement quitter le véhicule. Sa soeur, qui a eu droit à un très élégant "pétasse" de leur part, descend du véhicule elle aussi. Ils sont contraints de rentrer à la maison à pied et aura droit à des remontrances une fois à la maison. Néanmoins, le lendemain, aux nouvelles, on annonce qu'un terrible accident a eu lieu cette nuit et notre héro découvre avec effrois que les deux ados grièvement blessés étaient passagers d'un véhicule rouge sport.
Face à l'accident, notre narrateur a du mal à cacher sa détresse et sa mère va finir par lui demander ce qui le travaille ainsi. Quand il livre l'histoire qu'il n'avait pas partagé a priori pour éviter des problèmes à sa soeur, la réaction de sa mère n'est pas la colère. Au contraire, elle est fière et elle se montre compréhensive. Surtout, quand son fils lui fait savoir qu'il s'en veut de ne pas être plus courageux, "un trouillard", elle lui signifie qu'elle n'a jamais pensé ça de lui. Pour être capable de tenir tête à deux abrutis minimisant les conséquences de leurs dérives, il faut être courageux. Dès lors, notre héro semble respirer mieux et aura l'occasion de réaliser que même son oncle surjoue la carte du "mâle insouciant".
Combien de fois ai-je entendu des conneries du genre "les gars, c'est dans leur nature d'être téméraires" ou encore "les gars, ça ne pense pas aux conséquences". Déjà, j'ai moult exemple pour affirmer que c'est faux, tous les gars ne sont pas des immatures insouciants qui carburent à l'adrénaline, sinon notre espèce sera d'ores et déjà disparus parce que les mâles de notre espèce seraient tous mort stupidement. C'est un vieux classique de construction sexiste sur laquelle est basée une part de la très archaïque vision de la virilité. Il me semble que c'est au contraire plus viril d'être mature et donc, de penser aux conséquences. Notre personnage est un garçon sensible, prudent et conscient des dangers. C'est terrible qu'il se sente diminué dans sa masculinité parce que son oncle projette sur lui une vision surfaite et homogène de sa vision de la masculinité. La témérité est un trait de personnalité, c'est donc un aspect que tous les gens ne possèdent pas. Si on peut tous avoir des comportements téméraires par ignorance ou par insouciance, on est pas tous du genre à chercher volontairement l'adrénaline histoire de surfer sur le plaisir.
Notre héro me semble avoir une peur efficace, en ce sens où le rôle de la peur est justement de nous préserver, de poser des limites pour notre sécurité physique et psychologique. La colère est également présente, quand il lui faut se défendre contre les deux jeunes hommes bourrés. En somme, moi, ce que je vois, c'est un jeune homme qui exprime ses émotions et s'en sert sainement. Qui plus est, il a une empathie naturelle, qui elle aussi n'est pas universelle. On peut la développer, mais certain.e.s naissent avec une bonne base d'empathie innée. Il est soucieux du bien être des autres, solidaire avec sa soeur, conscient des privations et des efforts de sa mère dans leur éducation. Il a une belle personnalité ce personnage et il correspond aussi bien à pleins de jeunes hommes réels que ces personnages audacieux insouciants qu'on croisent souvent dans les romans, comme dans la vie.
En somme, il existe plusieurs formes de masculinité, soit autant qu'il y a de personnalités et d'identité. La question ne serait donc pas de parler de "La" Masculinité comme si un seul modèle existait, mais bien de la masculinité qui convient à chacun. Pas celle qui est "normale", celle dans laquelle ils se sentent en sécurité, estimés, respectés et surtout, en phase avec eux-même. On a beaucoup de travail à faire, en tant que sociétés qui se prétendent modernes, pour démocratiser les modèles masculins divers et sains - je précise, parce que la masculinité basée sur l'expression des violences, la domination et l'arrogance, c'est plutôt un modèle toxique, dans lequel aucun homme ne peut réellement se sentir accomplis et qui n'a aucune pérennité.
J'ai aussi observé une belle relation entre une sœur et son frère, ça me fait toujours plaisir d'en voir, surtout chez les personnages ado. On sent l'affection, la complicité et le respect dans cette dyade et ce, en dépit d'un court roman pour la mettre en valeur.
Enfin, j'apprécie toujours de trouver des romans relativement courts, mais qui traitent de sujet percutants et sensibles. Pas besoin de pavés pour traiter de sujets importants, et les petits romans ont cet avantage d'être concis, accessibles en terme de niveau de lecture et de cibler une tranche-de-vie pour la mettre en valeur. Par ailleurs, ça me fait toujours plaisir de trouver des œuvres qui nous plonge dans la tête d'un adolescent, dans ses émotions, pensées et impressions. C'est plus courant d'en trouver, mais j'ai longtemps trouvé qu'on parlait peu des psychées masculines ( en-dehors de celles des irréalistes pseudo bad-boys couillons des romances malsaines, ça par contre, il y en a juste trop).
Un petit roman pertinent et rafraichissant!
Pour un lectorat adolescent à partir du 1er cycle secondaire, 12-15 ans+
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Les meilleurs livres pour adolescents, La Bibliothèque de Sparkus: Si je devais avoir une bibliothèque privée on y trouverait..., Meilleurs romans Jeunesse, Ces œuvres jeunesse que j'aurais aimé avoir lu étant ado et Littérature Jeunesse: Petits romans
Créée
le 10 avr. 2026
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