Germinal
7.4
Germinal

livre de Émile Zola (1885)

10 août 2021

Souvent, on ne lit plus Zola (ni Balzac) après les classes. J’avais lu sur les bancs l’Assommoir. J’en ai toujours un souvenir marquant. Mais c’est un accident qui m’a fait retourner à son écriture, plus d’une dizaine d’années après.
-

Noyer en est le verbe (qui rejoint l’hérédité maudite du protagoniste, fils d’un alcoolique (lire l’Assommoir)), noire est la couleur, percée à peine et seulement par des lumières qui ne réchauffent jamais.

Juste avant les dix dernières pages, j’ai du finir par lire en plein jour et à voix haute pour filtrer, pour aérer ce gouffre interminable, abominable, qui m’étouffait avec ses personnages. Quelle horreur ! Quelle horreur illisible ! J’hésitais même à vouloir moi-même en finir et fermer le livre.
J’en avais une nausée qui ne m’avait pas regagnée depuis le Voyage au bout de la nuit.

Les quelques pages qu’il réserve aux quelques animaux de l’histoire sont les plus compatissantes, d’une tristesse humanisante (plus d’ailleurs que pour les hommes qui deviennent au contraire des bêtes, grouillantes) mais elles sont, et en partie pour cela même, très difficiles à lire aussi.

Les multiples notes qui renvoient au travail de témoignages accomplis par Zola pour écrire Germinal, nous en fait subir encore la dure réalité, même si le style - et quel style !- nous enfonce plus loin dans la nuit. Pour celle-ci, ça ne pouvait être que Zola.

Le dernier soleil qui justifie le titre est très pâli pour un lecteur de 2021, assommé par des informations politiques toujours plus alarmantes, mais Zola sauve, littéralement, son lecteur avec ce dernier espoir de la germination, le faisant partir avec Lantier dans des dernières phrases magnifiques et aussi inoubliables que la nuit traversée.

Et dire que quelques décennies plus tard, ce ne serait plus la mine mais la guerre des tranchées pour crever les hommes dans la terre ! Avec cette question épouvantable encore : et pour quoi ? J’en ai toujours, rien que d’y penser une révolte au ventre.

Œuvre historique. Qu’elle existe me semble inouï, et j’ai tant à lire encore. Heureusement, la littérature, l’art.

Loukoum
10
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le 11 août 2021

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Loukoum

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