Cette grande fresque m’abandonne à ce sentiment bizarre qu’après Guerre et Paix, lire n’a presque plus de sens. Tolstoï semble avoir tout dit.
Tout dit de l’Homme qui, en quête d’idéal, s’agite en vain, sans prise aucune sur l’implacable fatalité des circonstances.
Tout dit de l’amour, cette fleur d’été qui ne survit pas les premières matinées froides de la désillusion et du chagrin.
Tout dit de la Guerre, celle-là même qui emporte de jeunes hommes en leur chantant la gloire ; c’est un genou à terre qu’ils réalisent la supercherie, par la force de ce dernier éclair de lucidité que la mort seule semble capable de donner.
La Paix sur ce tableau apparaît comme un accident heureux et bref projeté sur l’aristocratie russe. Il met en mouvement des personnages qui se déchirent tantôt pour l’Eternel, pour l’ambition, la richesse ou la volupté.
Guerre et Paix, c’est avant tout la tragédie magnifique de l’existence humaine, qui se répète invariablement.
Un chef d’oeuvre absolu, dense mais d’une accessibilité et d’une clarté déconcertante.