Incontournable Septembre 2024
Je remercie la maison Méga pour l’envoie de ce service de presse.
Après avoir découvert le petit nouveau de la maison Chauve-Souris, "Edgar et la Grise", dans lequel il est question d'un adolescent de 13 ans remplaçant son père en tant que bucheron dans la Lanaudière des années 30, voici un autre nouveau roman prenant place dans l'Histoire de la Belle province. Cette fois nous retournons loin en arrière, aux premiers balbutiement de la colonie Néo-française. À cette époque, on traverse le fleuve Magtogoek ( le Saint-Laurent) en direction de Totouskak ( Tadoussac) avant d'atteindre Stadaconé ( Québec). Nous allons suivre la famille Hébert, une des premières famille française à venir s'installer.
Louis Hébert, apothicaire, fera deux voyages en Nouvelle-France avant de s'y installer en 1617 avec Marie Rollet, et leurs trois enfants: Anne, 15 ans, Guillemette, 11 ans et Guillaume, 3 ans. Il est d'ailleurs un personnage important autant pour le Québec que l'Acadie, où il a vécu à Port-Royal ( Nouvelle-Écosse). Soigneur, chercheur des terres cultivables, on lui doit aussi nombre de plantes expédiées en France et un important leg de connaissances botaniques qui inspireront certains botanistes québécois par après.
Dans le présent roman, on donne une voix à la cadette de la famille, Guillemette, une jeune préado qui connait un déracinement plutôt soudain. En moins d'un mois, elle et sa famille quitte Paris pour embarquer sur le Saint-Étienne, en direction de l'Amérique du Nord. C'est un long, inconfortable et périlleux voyage, alors que les colons sont entassés dans la cale d'un bateau sans possibilité de se laver, basculés au rythme de l'océan, nourrit de biscuits de mer pas spécialement appétissants et meublant le temps comme ils le peuvent. Ils y passeront de semaines. Guillemette parle de leurs conditions dans le bateau, les moments de joie quand ils peuvent prendre l'air, quand on a baptisé les matelots qui vivait leur premier voyage ou encore les dessins qu'elle faisait pour meubler le temps. Une chose la trouble, cependant. En effet, parmi les passagers se trouvent deux religieux, le rondelet Joseph Caron et l'obscur Paul Huet. Ce dernier possède un livre écrit dans une langue qui n'est ni le français ni le latin ( pour info, oui Guillemette a eu une éducation qui inclut la lecture, l'écriture et le calcul). L'homme se comporte de manière étrange, notamment en restant toujours tout seul dans son coin, mais aussi en invitant la mère de Guillemette à lire son étrange livre. Ayant perdu son carnet de dessins, elle décide donc de faire enquête.
Éventuellement, les colons atteignent Tadoussac, qui n'est à l'époque plus une grosse maison de transition qu'un vrai village. On y mange, on s'y lave et on quitte le gros bateau pour poursuivre jusqu'à Québec en chaloupe. C'est également à Tadoussac que Guillemette rencontrera des membres d'une première nation, celle des innus. Les premiers contacts avec les autochtones ont surtout été des relations commerciales, donc dans le roman, il en est question. Tadoussac est donc aussi un comptoir de traite, où on échange des ressources, très souvent des peaux d'animaux de la part des premières nations et des articles domestiques pour les français ( des ustensiles de cuisine, des vêtements, des articles d'hygiène, etc). Parmi les innus qui sont venus faire des échanges et partager un repas avec les colons français, il y a Uapikun, une jeune innue de 12 ans, avec qui Guillemette échange quelques mots. Elle apprendra au passage que le livre qui l'inquiétait tant chez le moine est en réalité une bible traduite en innu-aimun, la langue des innus. je dois admettre que ça me rassure, en un sens, ça sentait le cliché du monsieur méchant qui est méchant parce qu'il est discret et a des yeux bruns. En revanche, je me fais une réflexion très adulte en songeant que l'entrée de la religion catholique chez les premières nations marque aussi le génocide des nations sur le plan culturel, la généralisation des violences sexuelle du clergé sur les enfants autochtones et le racisme des blancs encouragé par le Clergé. Il n'y a donc aucun avantage pour les premières nations à se faire convertir.
J'ai remarqué que la série s'intitule "les filles de Guillemette", je suppose donc que notre petite héroïne va avoir une descendance suffisamment importante pour mériter ce titre. En tout cas, en tant que membre de la première fratrie d'enfants français embarqués pour la Nouvelle-France, elle aura de nombreux défis à surmonter avant d'être mère, dont des hivers impitoyables, des conditions de vie précaires et un village très peu peuplé dont il manque encore certains métiers très importants.
Ce petit roman illustré se lit très bien, c'est un rare roman que j'ai pu lire sur le sujet de la Nouvelle-France pour le lectorat intermédiaire. Évidemment, il faut garder en tête que c’est un roman jeunesse et qu'en tant que tel, je me doute bien que certaines vérités historiques seront éludées ou amenuisées. Reste qu'on a pas enjolivé la traversée des colons dans le roman, on n'est donc pas non plus comme ces romans du courant terroir qui dépeignaient le Québec colonial avec un gros manque de rigueur historique et de réalisme naturel ( dépeindre nos hiver rigoureux comme une jolie saison vaguement fraiche , faut le faire quand même!) . Et je note que même la religion n'a pas été oubliée, notons seulement avec amusement comment ce "baptême de l'eau salé", une simple petite pratique symbolique entre matelot qui a des allures d'initiation, a rendu mal à l'aise les colons au début. On fait même référence aux missionnaires. Donc, oui, c'est plus léger dans son traitement, mais historiquement, on a pas mal D'éléments de base de l'époque. Bref, un petit roman à ne pas ignorer, sympathique pour apprendre l'Histoire de la Nouvelle-France autant que pour son récit d'aventure maritime au féminin.
Pour un lectorat intermédiaire du troisième cycle primaire, 10-12 ans.