Avec H, j’ai eu le sentiment que Bernard Minier ne racontait pas seulement une chasse au tueur, mais qu’il observait surtout ce qui entoure le crime aujourd’hui. La traque de Julian Hirtmann devient rapidement un phénomène collectif, où médias, réseaux sociaux, amateurs de true crime et figures publiques s’emparent de l’enquête, parfois au détriment de toute notion de vérité.
Ce qui m’a marqué, c’est cette opposition constante entre l’enquête policière et une forme de justice populaire, immédiate, spectaculaire. J’ai souvent eu l’impression que le récit parlait moins du meurtrier que de notre fascination pour l’horreur et de notre besoin de transformer la violence en récit consommable.
Martin Servaz apparaît ici plus fragile que dans les précédents romans. Moins sûr de lui, parfois dépassé, il m’a semblé évoluer dans un système qui le broie autant qu’il cherche à rendre justice. Cette vulnérabilité rend le personnage plus humain et donne une vraie épaisseur émotionnelle au roman.
L’écriture, rythmée par des chapitres courts et des points de vue multiples, entretient une tension constante. Entre enquête officielle, médias et récits parallèles, je me suis souvent senti volontairement désorienté, comme si la frontière entre réalité, fiction et manipulation devenait impossible à tracer.
H n’est pas seulement un thriller efficace, c’est aussi un roman qui interroge notre rapport contemporain au crime, à l’information et au voyeurisme. Une lecture sombre, parfois inconfortable, mais qui reste longtemps en tête.