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le 13 juin 2015
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Relire les romans Harry Potter, c'est d'abord avoir le plaisir de se plonger dans un univers formidable. Poudlard, les baguettes magiques, les portrait qui cachent des portes, le Choipeau, les images...
Après tout, pour un esprit équilibré, la mort n’est qu’une grande aventure de plus
Orphelin relégué au sein d’une famille qui l’abhorre, Harry Potter voit son destin métamorphosé au soir de ses onze ans, lorsqu’un géant survient l’arracher à sa déchéance pour le conduire à Poudlard, sanctuaire de la sorcellerie.
Il est des objets dont l’exiguïté physique se trouve si magnifiquement démentie par la prodigalité de leur contenu que l’on en demeure, page après page, dans un état de ravissement incrédule — ce mince volume appartient incontestablement à cette engeance rarissime. Chaque feuillet, chaque paragraphe même, recèle un trésor d’invention d’une fraîcheur si pétillante, si miraculeusement renouvelée, que le lecteur le plus blasé se surprend à retrouver, l’espace de quelques heures, cette capacité d’émerveillement que l’on croyait à jamais ensevelie sous les sédiments de l’âge adulte. Ce premier tome s’impose comme un enchantement perpétuel, une féerie qui ne se tarit jamais — et cette grâce, Harry la partage avec nous dans une communion de stupeur absolument irrésistible.
C’est ici que l’admiration du chroniqueur atteint son paroxysme : la richesse proprement tentaculaire de l’univers magique que l’auteure fait surgir du néant avec une aisance déconcertante. Cet accès dérobé vers la voie neuf trois-quarts, dissimulé entre deux quais d’une gare autrement si prosaïque ; ces dragées de Bertie Crochue dont chaque bouchée constitue une loterie gustative aussi délicieuse que périlleuse ; ces tableaux animés dont les occupants vaquent, bavardent et somnolent avec une autonomie facétieuse ; ce Chemin de Traverse grouillant d’échoppes invraisemblables — chacun de ces détails, égrené avec une désinvolture savante, contribue à l’édification d’un monde d’une tangibilité presque tactile. L’on n’y pénètre point : l’on y habite instantanément, comme si l’on y eût toujours résidé.
La construction du triumvirat protagoniste relève d’une réussite que l’on ne saurait trop louer. Harry, ce héros à l’humilité touchante et au courage discret, point fanfaron ; Ron, fidèle jusqu’à l’os mais rongé par les complexes que lui inflige une fratrie écrasante ; Hermione enfin, cette première de la classe dont l’agaçante pédanterie initiale se mue progressivement en une brillance attachante — voilà un trio dont l’alchimie fonctionne avec une justesse rarement égalée. Et quel adolescent, contemplant avec lassitude la grisaille de son existence ordinaire, n’a point secrètement espéré recevoir, par quelque hibou messager, cette missive révélatrice lui dévoilant des pouvoirs insoupçonnés et une destinée enfin digne de ce nom ? Rowling touche ici une corde universelle avec une précision quasi chirurgicale.
L’écriture elle-même mérite un éloge appuyé : simple sans être indigente, directe sans être sèche, et constamment irriguée d’un humour dont la mordacité se déploie avec une jubilation particulière dans la peinture satirique de la famille Dursley — cette tribu de philistins bornés croqués avec une cruauté délicieusement savoureuse. Le récit progresse avec une vélocité remarquable, jonglant avec une habileté consommée entre le mystère qui intrigue, l’aventure qui galvanise et l’humour qui désamorce — un équilibre tonal dont la maîtrise confond, pour une œuvre destinée originellement à la jeunesse.
Il convient enfin de saluer, avec une gravité historique, le prodige sociologique que ce roman accomplit en son temps : à une époque où le petit écran et les balbutiantes consoles de divertissement électronique semblaient avoir scellé définitivement le sort de la lecture — cette activité que l’on eût pu croire vouée à une désuétude irrémédiable, reléguée au rang d’archaïsme poussiéreux par une jeunesse acquise tout entière aux fascinations clignotantes de l’écran —, voici qu’un simple livre parvient à ressusciter, chez toute une génération d’enfants que l’on croyait perdue, le goût oublié des pages que l’on tourne et des nuits que l’on sacrifie sur l’autel d’une histoire. Ce miracle-là, cette reconquête inespérée d’une pratique que l’on enterrait déjà avec une résignation contemporaine, ne se mesure point en simples chiffres de vente, aussi vertigineux fussent-ils : il se mesure en bibliothèques rouvertes, en lampes de poche dissimulées sous les couvertures, en enfances tout entières réconciliées avec l’écrit. Voilà, assurément, l’un des legs les plus précieux de cette œuvre.
Ce premier tome s’impose ainsi comme une porte d’entrée somptueuse vers une saga dont l’on devine déjà, dès ces premières pages, l’ampleur future — un manuscrit qui réussit ce prodige rarissime de combler simultanément l’enfant et l’adulte qui sommeille en chacun de nous.
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Créée
le 19 juin 2026
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le 13 juin 2015
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