Auteur médiocre et vaniteux, on eût aimé que Polybe s'ingéniât à dégrossir son aridité stylistique plutôt qu'à décrier ses pairs dans de stériles digressions. Si l'Histoire de Polybe est restée célèbre à travers les époques, l'historien ne doit sa postérité qu'à la bonne fortune. D'une prose détestable et insipide, l'ouvrage compile, entasse les faits sans jamais qu'harmonie ne s'y mêle, écœurant aussi bien le lecteur curieux que le savant. Que seuls cinq livres nous soient parvenus entiers, quelle aubaine, c'en sont déjà cinq de trop ! Si l'auteur se plut à vouloir déterminer les causes profondes de la domination des Romains sur le monde méditerranéen, quel être absurde prétendrait qu'il y fût parvenu ? Nous lisons un récit construit sans intelligence, Polybe n'analyse rien, il ne noue pas même les liens de son histoire universelle, se contentant du rôle inutile de médiateur, déléguant au lecteur la lourde tâche d'éclaircir lui-même les origines de l'hégémonie de la république romaine. Ainsi Polybe ne s'inscrit pas dans la lignée des historiens grecs, son incapacité rhétorique le place plus justement dans la branche romaine, préfiguration de la compilation factuelle et brute. Mais ne faudrait-il pas excuser l'abâtardissement du grec Polybe par sa déportation à Rome ? Toujours est-il que je déconseille la lecture de cet ouvrage fastidieux dépourvu des qualités historiques les plus essentielles, qu'il s'agisse d'une narration claire et précise comme d'une expertise critique des évènements racontés.
On pourra néanmoins excepter de cette critique le fragmentaire livre VI en ce qu'il ne s'affaire pas d'histoire mais de politique, en décrivant le fonctionnement de la république romaine et en la comparant avec les autres gouvernements pour justifier sa prédominance.