Malgré leur immense popularité, les dinosaures font l’objet de nombreuses confusions et malentendus : de la tendance de nos imaginaires à faire cohabiter indistinctement des espèces pourtant éloignées dans le temps par plusieurs dizaines de millions d’années à nos présupposés sur leur comportement.
Ronan Allain, paléontologue responsable des collections de reptiles et d'oiseaux fossiles au Muséum national d'histoire naturelle, se propose dans Histoire des dinosaures de lutter contre quelques idées reçues en rédigeant un digest de l’évolution des dinosaures et de nos connaissances relatives à ceux-ci. La première partie est franchement rugueuse, faisant la part belle à des notions d’anatomie comparée pour donner à comprendre les liens et les différences entre les deux grandes familles (ou clades) de dinosaures les Ornithischiens et les Saurischiens, en citant nombre de spécimens issus de ces deux groupes au fil du Trias, du Jurassique et du Crétacé. Il est difficile de se projeter, faute d’illustrations, dans ces évocations méticuleuses des agencements ostéologiques spécifiques à chaque espèce.
Il faut pourtant s’accrocher : on est récompensé par la deuxième partie du programme, bien plus accessible, qui mêle quelques récits personnels de Ronan Allain à une petite histoire de l’étude des dinosaures, marquée par quantités de fouilles spectaculaires, de controverses et de chamailleries mémorables, à commencer par les Bone Wars qui opposèrent deux paléontologues américains, Cope et Marsh, prêts à tout pour mettre la main sur les plus beaux spécimens et ruiner la réputation de leur rival.
Entre ces anecdotes savoureuses, on découvrira aussi l’histoire des premières structures assimilables à des plumes sur des fossiles de dinosaures, celle du long processus permettant définitivement d’établir, sur la base de l’anatomie comparée notamment, la parenté entre les dinosaures et les oiseaux (assortie d’une énigme toujours d’actualité : comment le premier dinosaure a-t-il réussi à s’envoler ?), ou encore une vaste rétrospective, depuis le « catastrophisme » de Buffon, des hypothèses concernant la fin des dinosaures jusqu’à la mise en évidence en 1980 d’une fine couche sédimentaire sur l’ensemble de la planète dont la concentration anormale en iridium prouve l’existence d’un impact météoritique, principal (mais pas seul) responsable de la crise du Crétacé-Tertiaire. Des parcours passionnants, aux longs desquels Ronan Allain nous invite à nous défaire de deux biais - celui qui voudrait faire des dinosaures les maîtres absolus et incontestés de la Terre à leur époque, occultant toutes les autres formes de vie ; celui qui voit au contraire dans leur extinction la preuve de leur inadaptation et de leurs limites, permettant au passage de valoriser les mammifères que nous sommes - pour pouvoir regarder les dinosaures d’un œil nouveau.