George E. Hyde. L'amateur d'histoire amérindienne ne cesse de croiser son nom, en citation ou en bibliographie de fin de volume. Il est partout. Et apparemment, il a mis du temps à être traduit en français.
Pourtant, ce premier volume de l'histoire des sioux est déjà une somme à lui tout seul. George Hyde n'est pas un universitaire. Mais il compulse, rapport après rapport, livre après livre. Il parle aussi aux acteurs de cette histoire, encore récente pour lui. Et ensuite il écrit.
Ce n'est pas un universitaire, nous disions : le ton se fait volontiers acerbe, cynique. George Hyde manie le sarcasme, la moquerie parfois. Si les tuniques bleues sont ridicules, il le dit. Si les indiens le sont, il le dit aussi. Il interprète parfois, il analyse. Mais alors il le dit. Il comble les trous de projections crédibles. Il traque les faits par-delà la légende. Les dissonances entre ce qui a été annoncé et ce qui est écrit dans les rapports qu'il exhume.
Ce premier volume commence à la toute fin du XVIIème siècle. Hyde dissèque les récits d'explorateurs. Il questionne les indiens. Mais leur mémoire orale déforme les faits, quand elle ne les oublie pas tout à fait. Ils n'écrivent pas. Ce qu'ils ont, ce sont les chroniques d'hiver. Une peaux de bison peinte de l'événement marquant de l'année. Or l'événement ayant marqué telle bande de sioux peut n'avoir que peu d'intérêt pour le chercheur. Quand il n'est pas contredit par la chronique d'hiver d'une autre bande.
L'histoire se termine à la fin des années 1870. Crazy Horse mort, Sitting Bull pas encore, dont rien n'est dit ici du destin ultérieur, les sioux réduits à vivre dans des réserves, nourris par l'homme blanc (chichement, si l'on en juge par la valeur des terres qu'ils sont supposés avoir vendues). Et comme l'indique le titre, un homme : Red Cloud. Dont Hyde décrit aussi bien ce qu'il a d'admirable que d'un peu méprisable par moments. Un être humain. Mais ce volume n'est pas tellement centré sur Red Cloud. Il se trouvait là, au centre des événements. Mais ce sont eux qui intéressent Hyde. Et la psychologie des acteurs, comment celle-ci, et leur incompréhension mutuelle, ont précipité ce qui est advenu.
Pour le lecteur occidental, l'amérindien est souvent une notion un peu vague, dont on met toutes les tribus un peu dans le même panier. Cette histoire des sioux montre bien ce que ce peuple avait de spécifique. Même si, par leur proximité géographique et leurs rapports, les cheyennes y aient aussi leur place.
On comprend facilement, en lisant tout cela, pourquoi Hyde est devenu LA référence en histoire des indiens des plaines.