Ce livre est une bonne surprise, je m'attendais à quelque chose de beaucoup plus militant, en réalité mis à part certains passages un peu loufoques (par exemple lorsqu'il vante la supériorité du mode de vie nomade en dressant des conjectures tout au long d'un paragraphe) le livre est très sérieux et agréable à lire.


Les passages sur les modes de vie préhistoriques, la remise en cause d'un passage à la sédentarité et sur les modes de subsistance sont très intéressants. Je vais tenter de les résumer pour m'exercer et voir ce qu'il me manque.

En gros les "humains" ont très tôt (-10 000 càd après la petite ère glacière je crois qui est d'ailleurs l'origine des récits du déluge selon certaines théories) maîtrisé l'agriculture et l'élevage mais ont alterné pendant assez longtemps entre différents modes de subsistance, ce n'est en fait que très tardivement que des communautés totalement sédentaires ont vu le jour, celles-ci se sont développées à cause d'un manque de ressources les ayant poussé à se fixer sur un espace durant une plus longue période, à partir de là on travaille pour plus que ce que l'on a besoin pour survivre. Pour l'auteur cette transition s'accompagne d'une domestication de l'homme qui est soumis à ses terres, à une dégradation de sa nature puisqu'il n'est désormais plus qu'un simple laboureur ou éleveur, une citation de Tocqueville, des plus pertinentes, est utilisée pour illustrer ce fait « Que peut-on attendre d’un homme qui a employé vingt ans de sa vie à faire des têtes d’épingle » , en plus de cela il devient soumis à une autorité supérieure, ne jouit plus pleinement de son travail et une hiérarchie se dresse entre les hommes. Ensuite ces États une fois les terres exploitées s'étendent pour trouver de nouvelles ressources et une nouvelle main d'oeuvre. À mesure que les États s'étendent ils remplacent leur main d'oeuvre d'hommes libres / de citoyens par celle d'esclave de façon à pacifier leurs citoyens en les libérant d'un travail pénible. Scott note, et c'est pour moi un des passages les plus intéressants du livre que ce travail servile est invisible, qu'il a lieu en périphérie de la ville et que les citoyens n'en ont donc pas conscience, ils peuvent donc très facilement l'ignorer et vivre sans subir de dissonance cognitive. Il dresse un parallèle entre cet état de fait et la division du travail à l'échelle mondiale au sein de nos sociétés. Enfin la plupart des États ont en réalité une durée de vie très courte du fait de leur instabilité politique, l'apparition de maladies, la déforestation entraînant des inondations et la salinisation des sols. Il critique aussi l'idée de déclin et d'âge d'or synonyme pour la majorité de la population du dit État d'un retour à la liberté et de communautés plus petites. Même sur le plan de la culture il n'y a pas de régression : les États utilisaient l'écriture avant tout à des fins juridiques (il faut attendre 1000 ans après l'invention de l'écriture pour avoir la première épopée de Gilgamesh) et c'est toujours par l'oralité que se transmettaient récits et légendes, ainsi c'est durant l'âge sombre de la Grèce que l'Iliade et l'Odyssée sont élaborées, ce n'est qu'ensuite qu'elles sont mises à l'écrit.

Enfin il parle des communautés nomades, que celles-ci jouissaient des réalisations des États à travers des pillages, qu'ils se disputaient entre-eux la fidélité des communautés agricoles et qu'au lieu de les détruire les nomades proposaient une protection contre un impôt en grain, il dit que le nomadisme était la forme principal d'organisation jusqu'au XVIe (ce dont on peut douter, en réalité c'est seulement que les plaines aride de la steppe sont peu propice à la sédentarisation), qu'ils ont triomphé d'État (proverbe chinois), et qu'ils étaient compétents dans bien des domaines comme le prouve l'utilisation de nomades par Rome pour se protéger (transformation des communautés nomades en mercenaires). Enfin ils étaient d'habiles commerçants.


Pour moi le plus gros problème du livre est qu'il n'aborde finalement pas son titre, jamais l'histoire des premiers états n'est dressée et l'État qui est définit d'une façon un peu rapide pour un livre dont c'est le sujet est traité d'une façon autonome, tout au long du livre on a l'impression d'une entité abstraite qui viendrait s'emparer de certains groupes d'hommes tel une pluie s'abattant sur des terres. C'est pour moi le défaut principal du livre.


Chaschtrub2
8
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le 8 févr. 2025

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Chaschtrub2

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