Sans conteste, le meilleur roman de M.H.Lafon, un des plus abouti tant il est ciselé dans la pierre et tissé de dentelles précieuses.
Un corps à corps avec l'écriture comme un arc tendu dont la flèche serait un flot de mots pénétrants la cible en plein coeur.
Elle nous dit : " Il faut resserrer toujours. Surtout sur cette matière grave, austère, vertigineuse. Il faut se tenir à carreau, ne pas s'étaler".
Alors voici l'histoire qu'elle nous raconte, livre après livre depuis 30 ans qu'elle écrit.
Un lieu, un paysage, le Cantal, le milieu rural en voie de disparition, un monde de survie.
Une famille, le père, la mère, le frère et la soeur, Gilles et Claire, des personnes qui s'entrecroisent au fil des chapitres.
Tous enracinés dans une petite ferme agricole, dans le vertige du quotidien, la traite des vaches matin et soir, la fabrication d'un fromage, le Saint-nectaire, une rivière qui coule dans les champs, la Santoire.
Un roman familial, 50 ans figés.
Gilles est le fils avalé par la reprise de la ferme, coincé, enkysté par les petites habitudes, une petite vie de rancoeurs et de solitude.
Claire, la fille, a quitté les lieux, elle fera des études et partira à Paris.
Le frère et la soeur gardent un lien distant, comme une chorégraphie répétée sans mots échangés, mais elle lui dira toujours : "Si un jour tu veux arrêter tout ça, tu peux compter sur moi".
M.H.Lafon creuse au plus juste, elle est tenace, elle écrit, elle crache les phrases au ras des émotions, elle adapte sa langue au langage des "gens de peu", comme on dit.
Les "Paysans", une matière qui reste pour elle incandescente.
Sublime, merci.