Camper les années 30 à Berlin, avec humour ? c'est fortiche! Le ton caustique en permanence, l’irrévérence de Bernie Gunther, rendent le récit savoureux malgré les événements sombres de 1934 en toile de fond. De plus, l’auteur multiplie les détails des rues, lieux, repères, pour donner vie et réalisme au roman, si bien qu’on suit avec enthousiasme les aventures de Bernie. C'est du grand art. Mais zut ! Hélas, trois fois hélas ! Après 300 pages à se régaler, voilà-t-y pas que tout se gâte à la fin, dans la deuxième partie qui se passe à Cuba en 1954. Car on y apprend que notre merveilleux Bernie a servi sur le front de l’Est et qu’il a même fait partie de la SS ! Il a beau prendre des poses moralement indignées sur les tueries soviétiques de Katyn (et pas sur Babi Yar?), tout ça c’est du bidon car comment a-t-il pu combattre sur le front de l’Est dans l’armée allemande sans participer aux massacres et exactions perpétrées systématiquement sur la population ennemie dite « judéobolchévique » et de « sous-hommes » ? pas la peine d’en faire la liste, se reporter aux articles de wikipédia : Crimes de guerre nazis en Union soviétique, ou Mythe d’une Wehrmacht aux mains propres, ou encore sur Holocaust encyclopedia : Persécution nazie des prisonniers de guerre soviétiques (70% en sont morts de faim, pour seulement 3% des prisonniers anglais ou français). Ces crimes étaient le pain quotidien sur le front Est. On adore Bernie comme personnage atypique, en 1934. Mais nous faire croire qu’il peut traverser toute la guerre en restant en Allemagne, et choisir pour sa survie qu’il va faire partie des SS… Cela revient à dire que les SS sont inoffensifs, amusants, et détestent Hitler – comme Bernie est décrit en 1934 : facétieux, quoi, les p’tits gars ! Le m'chant loup déguisé en mère-grand! C’est tout simplement une imposture historique, mister Kerr ! et grosse, c'est pas juste comme d'enlever les moustaches de Vercingétorix ! Créer un gentil SS, c'est pas anodin, je trouve, de nos jours. Fallait trouver autre chose pour compléter la biographie de Bernie car on n'y croit plus. Du coup, toute l’histoire se casse la gueule et n’a plus rien de crédible, ça devient mou du genou, il manque une armature au récit. Je vais quand même essayer de trouver la Trilogie de Berlin car j’ai adoré la première partie.