C'est la dernière œuvre éditée par Philippe Curval, né en 1929 (comme Ursula Le Guin) et mort en 2023. Pacifiste et déserteur du service national, Philippe Curval (de son vrai nom Philippe Tronche) participe épisodiquement à la première vague des auteurs de "SF" français, accompagnant à ce titre Gérard Klein et Boris Vian.
Philippe Curval était un vrai touche-à-tout, voyageur et en grande partie autodidacte. Ce dernier ouvrage reflète à la fois cet éclectisme et cette curiosité, ainsi que son enthousiasme humaniste, une notion aujourd'hui galvaudée ou raréfiée. Dans un avenir proche mais mêlé de présence extra-terrestre, Idem's nous fait vivre les aventures d'un individu duel, produit à la fois d'une invention technologique extraordinaire, d'une métempsychose intentionnelle et d'un accident de l'existence. Cet individu est tantôt et à la fois homme et/ou femme, mais qu'on ne s'y trompe pas : il ne s'agit pas d'une projection wokiste, mais plutôt d'un authentique essai de Science-fiction imaginant la fusion de deux êtres.
Idem's est présenté par Curval dans un Avertissement comme une suite de récits "qu'il serait dommage de lire séparément". Disons-le tout net, il faut impérativement lire les chapitres dans l'ordre, sans quoi le lecteur sera complètement paumé ! Hormis dans les deux premiers chapitres, tout le récit est fait au présent. Cela me frustre personnellement, mais il paraît que de plus en plus de personnes aiment ce procédé. Les aventures d'Idem's sont des sortes d'enquêtes extraordinaires menées dans le cadre de son agence Réponsatou. Agréable à lire, la fiction prend néanmoins un aspect "vieille S-F" et se finit sur un récit quasi onirique d'une grande naïveté qui pourrait aussi bien avoir été un essai de jeunesse de l'auteur, tant il se démarque des premiers chapitres par l'idéalisme cucul qu'il présente. En tous cas Philippe Curval semble s'être bien amusé à écrire ce réjouissant opus que La Volte a eu la généreuse idée d'éditer, pour son plaisir et le nôtre.
Philippe Curval s'est donc endormi quelque part près de Proxima du Centaure, mais il continue à rêver comme un enfant. Bonne nuit, Monsieur Curval. Faites de beaux rêves !