Un tête-à-tête passionnant entre un accusé dont on devine qu'il a fait partie des brigades rouges (ou d'un groupe assimilé )durant les années 70 et le magistrat qui tente de démontrer qu'il a commis l'assassinat d'un ancien compagnon repenti.
Les dialogues sont incisifs et marquants, comme les arguments et les références littéraires qui ne manquent pas (Dante, Racine, le mythe de Thésée et le minotaure, Leonardo Sciascia...) les rencontres entre les deux hommes (dont le dialogue est typographié en caractère "machine à écrire") sont ponctués d'une correspondance (en doux caractères italiques) d'amour de l'accusé et la pureté des sentiments échangés dont le lecteur est témoin fait aisément comprendre la force et l'intangibilité des convictions dudit accusé. On est successivement pris et repris dans ce duel de mots jusqu'au final qui est une vraie surprise. D'arguments en contre-arguments entre un ex détenu qui risque de perdre à nouveau sa liberté (mais lui reste-t-il réellement quelque-chose à perdre ?) et ce jeune magistrat, on comprend aussi que les deux personnages sont d'authentiques idéalistes et qu'ils ne peuvent alors que se heurter à la réalité. On pense inévitablement à une adaptation théâtrale qui conviendrait parfaitement à cette œuvre aussi.
Les thèmes de justice, d'égalité, de liberté et de fraternité sont abordés et se répondent les uns aux autres sans réellement s'affronter, et pour cause, le lecteur comprend aussi qu'ils sont complémentaires. Les idéaux d'hier sont montrés par opposition aux modes de pensée et aux mode de vie d'aujourd'hui, mais qu'est-ce qui est préférable et qu'est-ce qui est juste? Qui dit vrai et qui a raison ? Il faut lire le roman jusqu'au bout pour tenter d'en avoir les réponses...
C'est un roman brillant qui se lit d'une traite et qui fait réfléchir aussi à notre époque, un peu comme une suite qu'il nous reste à écrire et à améliorer par rapport à notre expérience récente du siècle dernier, reposant sur les valeurs piliers qui fondent nos sociétés actuelles et que l'on a encore tant de mal à stabiliser.
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