Dans sa vie d'avant, Julien Blanc-Gras emmenait promener son regard facétieux aux quatre coins cardinaux et ainsi assouvir par procuration notre insatiable curiosité de nomades contrariés.
On a beau avoir inventé l'eau chaude et les plaids en mohair, on n'en descend pas moins d'un groupe qui un jour aux pieds des Alpes, avec une vague peau de bête sur le dos s'est dit: "Tiens, allons donc voir ce qu'il y a de l'autre côté".
On achetait ses livres à peu près comme on achète un billet d'avion, c'est à dire avec cette trépidation joyeuse et un peu enfantine qui précède la perspective d'un voyage et la découverte d'un ailleurs.
Avec "In utero", changement de cap radical. Il nous invite cette fois à l'exploration statique et introspective d'une gestation, non pas celle de son enfant, mais la sienne, vers le nouvel état de père.
Et c'est précisément la masculinité de l'expérience, intrinsèquement étrange par le fait que le sujet ne la vit pas dans son propre corps qui donne sa valeur au récit. Blanc-Gras orchestre d'ailleurs habilement tout au long des pages un contraste entre ses propres tergiversations, soliloques et autres interrogations existentielles et la trajectoire de la mère qui semble fendre les flots et remous de l'aventure avec une sorte d'évidence et de force tranquille.
In Utero est donc l'histoire la plus singulière mais aussi la plus banale du monde, un beau cadeau de bienvenue que l'auteur fait à son enfant mais aussi une heureuse alternative à l'éternelle Sophie la Girafe pour tous les autres.
Bonne lecture,
Dustinette