- Édition lue : publiée en février 2020 aux éditions Folio. EAN : 9782072884764. La note n'inclut pas le paratexte, plutôt intéressant par ailleurs.
Résumé
Une écriture agréable et équilibrée au service d'une histoire touchante malgré une fin quelque peu décevante.
Détails (et spoilers)
Martyrisée par son mari, un brutal colonel, Indiana ne résiste que difficilement aux charmes et à l'éloquence de Raymon. Volage et beau parleur, ce dernier ne se contentera pas de faire souffrir Noun, la servante d'Indiana, mais persécutera le cœur déjà meurtri de l'héroïne. Critique du mariage et des maris tyrans, l'ouvrage de George Sand est bien plus que cela. Au-delà des défauts du mari, c'est les misérables jeux de l'amant qui sont brillamment dénoncés. Les errances sentimentales de Raymon mêlées aux tourments moraux d'Indiana sont pertinemment mis en mots pour l'autrice, qui y ajoutera la froide sagacité de Ralph et son faux désintéressement amoureux. Par ailleurs, l'écrivaine utilisera à bon escient les passages descriptifs, sans excès pompeux et uniquement quand cela aura pour but de lier les décors aux états d'âme des personnages.
Cela étant, j'ai été déçu par la dernière partie du récit, qui voit Ralph s'avérer bien plus intéressé qu'il l'assurait, lors d'une longue révélation qui exposera les sentiments incestueux de ce protecteur de toujours. La dimension choquante de cette élan incestueux est à relativiser en raison du contexte de l'époque, mais qui cela demeure dérangeant de faire de ce cousin très paternel un amant idéal. Fort heureusement, le roman brille sur d'autres points et nuance cette maladroite conclusion. En effet, le "proto féminisme" de George Sand ne se résume pas à une dénonciation des hommes toxiques mais inclut une réflexion sur l'aliénation des femmes, comme en témoigne les interventions du narrateur pointant sans embages la naïveté de sa protagoniste.
Ainsi, malgré sa conclusion discutable, Indiana dispose d'atouts nombreux dans sa manière de nous peindre les affres de relations sociales et sentimentales qui n'épargnent personne tout en établissant une hiérarchie entre victimes et bourreaux. Enfin, l'autrice inscrit sa diégèse dans un contexte historico-politique assez dense, affirmant par ces propos la légitimité d'une femme à écrire sur tout type de sujets ce qui n'était pas gagné au début du XIXème siècle, et qui ne l'est pas tout à fait encore aujourd'hui.
7.25/10.