Et si être con n’était pas une fatalité ?
À travers une sorte de chemin initiatique, Mr Lorber nous invite à nous pencher sur une question qui peut sembler absurde au premier abord mais qui, finalement, se révèle étonnamment profonde : qu’est-ce que cela signifie réellement d’être con ?
La normalité, par définition, ne se demande jamais ce qu’est la normalité. Elle existe, simplement. En revanche, l’anormalité, elle, se pose constamment la question. Quand on vit avec cette sensation persistante d’être en décalage avec le monde qui nous entoure, une interrogation finit toujours par surgir : est-ce le monde qui est mal fait, ou est-ce moi ?
Vous allez peut-être me dire : « Tu vas un peu loin, ce n’est qu’un petit livre sans prétention, une histoire un peu drôle sur un type qui veut être moins con, alors même que le QI ne s’augmente pas par la seule force de la volonté. » Et vous n’auriez pas complètement tort. Mais à mon sens, s’arrêter à cette lecture superficielle ferait passer à côté de ce que le livre raconte vraiment.
Dans la lignée de Les Fleurs pour Algernon, ce récit aborde avant tout la question du décalage, de la marginalité ce sentiment diffus que beaucoup de gens ont déjà éprouvé, à différents degrés. Celui de ne pas être tout à fait à sa place.
Personnellement, la question « Suis-je con ? » est revenue plusieurs fois au cours de ma vie. À force d’expériences, d’erreurs et parfois d’efforts presque titanesques pour essayer d’être « moins con », on finit toujours par se retrouver face aux mêmes contradictions et aux mêmes interrogations :
Qu’est-ce qu’être con ?
Est-ce vraiment grave de l’être ?
Et si je me remets en question, est-ce que cela signifie que je le suis un peu moins ?
Ce cheminement intérieur est exactement celui de Jacques, notre cher héros, surnommé « le roi des cons ». Et c’est ce qui rend le livre aussi attachant.
Ce qui fonctionne particulièrement bien dans ce roman, c’est qu’il ne cherche jamais à paraître plus intelligent qu’il ne l’est. Il n’a pas de prétention, et surtout il n’est jamais prétentieux ni dans son écriture, ni dans son propos. Le style de Lorber est direct, cru, presque brut. On a véritablement l’impression d’être dans la tête du personnage, au plus près de ses pensées.
On ne pourra pas non plus s’empêcher d’y percevoir, par moments, une légère teinte gauchisante à travers certaines critiques sociales : la société de consommation, le mépris de classe, certaines hypocrisies collectives. Est-ce volontaire ou inconscient ? Difficile à dire. Personnellement, j’aime croire que c’est volontaire.
Sans mentir, ce livre m’a beaucoup touché. Je l’ai commencé hier soir vers 22 heures, et je l’ai terminé vers deux heures du matin. En refermant la dernière page, je me suis simplement dit : dommage de ne pas l’avoir eu entre les mains plus tôt.
Je le recommande particulièrement à ceux qui ne sont pas amateurs de styles trop pompeux ou littérairement démonstratifs. Ici, l’écriture est simple, directe, presque orale. Et si vous faites partie de ces personnes qui ont une petite voix qui commente tout dans leur tête, vous risquez d’entrer dans ce livre très facilement.
Au final, j’estime que c’est un très bon roman, mais surtout une jolie peinture de la marginalité de ces moments où l’on se demande simplement si l’on est à côté du monde… ou si c’est le monde qui l’est un peu.