Honnêtement, je me considère comme quelqu’un de très politisé, plutôt à l’opposé des valeurs que véhicule ce film. Mais j’ai accepté depuis longtemps qu’on puisse trouver d’excellents films qui défendent des idées auxquelles on n’adhère absolument pas.(petit précision je dis que le film est de droite mais j'ignore complètement si le réalisateur l'est mais je parle des idée véhicule par le film)
J’essaie donc de noter ce qu’un film me fait ressentir sur le plan esthétique, sans constamment me demander si j’adhère ou non au message qu’il porte.
Et ici, le film est très bon. Certains plans sont particulièrement bien pensés. Je pense notamment au plan qui montre les enfants en train de prier avec l’anniversaire en arrière-plan.
Là scène où l’on comprend que la jeune fille est lesbienne à travers sa jalousie pendant le cours de sport. J'apprécie énormément quand le cinéma fait du cinéma nous montre quelque chose par l'image. (ne me le dit pas montre le moi)
Les personnages ne sont pas en reste. Même si je n’aime sincèrement pas les valeurs défendues par le père, il faut reconnaître qu’il reste un père aimant, et le film nous le fait très bien comprendre. Il a aussi des failles, notamment lors du procès, où on le sent littéralement bouillir de l’intérieur.
De la même manière, les personnages qui représentent le système sont très bien antagonisés : toujours méprisants, violents, jugeants… L’assistante sociale, surtout, donne presque l’impression de prendre du plaisir à faire souffrir la famille. La scène où elle enlève les enfants possède une cruauté qui met réellement mal à l’aise, tant elle provoque du ressentiment.
Malheureusement, c’est aussi là que le film perd, selon moi, une partie de sa force : il manque clairement de nuance.
Le père est presque trop parfait. Je sais que le film est inspiré de faits réels, mais, personnellement, je m’en fiche un peu : je ne suis pas venu voir un documentaire. La mère est également très peu nuancée, tandis que le système est présenté comme beaucoup trop horrible.
Peut-être surtout parce que les faits présentés ne me semblaient pas suffisamment graves pour que je puisse croire une seconde que cette histoire soit représentative de la réalité juridique norvégienne, ou même autre chose qu’un cas extrêmement anecdotique. Et, après quelques recherches, c’est effectivement ce que semblent montrer les statistiques.
Mais cela soulève malgré tout une vraie question intéressante : à partir de quel moment retirer un enfant à ses parents est-il moins traumatisant que de le laisser dans sa famille ? On sait, à travers diverses études, que l’indifférence parentale peut être extrêmement destructrice pour un enfant. Alors, peut-on réellement juger le manque d’amour ? Et surtout, comment déterminer à partir de quel degré de négligence l’intervention de l’État devient préférable à la séparation ?
Le film tente bien d’apporter quelques nuances à cette question, mais je les ai trouvées assez anecdotiques, notamment avec les supporters et certains personnages secondaires.
Et puis il y a évidemment la question religieuse. Le côté très laïc, voire presque hostile à la religion, de la Norvège est largement sous-entendu. J’ignore à quel point cette représentation est fidèle à la réalité, mais je trouve le sous-texte intéressant, notamment dans sa confrontation avec une certaine vision progressiste : comment une société qui se veut ouverte et progressiste peut-elle accepter des personnes qui, elles, rejettent profondément certaines évolutions sociales ?
Bref, je m’égare un peu. J’ai beaucoup aimé le film, mais je trouve vraiment qu’il manque de nuance. J’ai le souvenir d’avoir vu des films abordant ce genre de sujet avec une meilleure exécution, et je deviens peut-être simplement plus exigeant.
Parce que, pendant toute la séance, je me suis dit : « Hum… cette histoire est complètement réécrite, les statistiques doivent probablement montrer quelque chose de très différent. » Et, effectivement, c’est plutôt le cas.
Mais peu importe. Malgré mes propres valeurs politiques, je trouve que c’est un bon film. Et, très honnêtement, si je devais faire un film de droite, j’aimerais probablement faire un film comme celui-là.