Parmi les mémoires de militants révolutionnaires, « Itinéraires du refus » de Jorge Valadas, qui vient de paraître aux éditions Chandeigne & Lima dont il inaugure la collection Brûle-frontières, détonne par sa singularité. Il est l’un des rares, en effet, à donner une place aussi importante à l’enfance et l’adolescence dans la construction de sa subjectivité politique, et à ne pas centrer son récit sur les périodes d’agitation sociale qu’il a traversé et les évènements politiques auxquels il a pris part. Si ceux-ci sont bien sûr présents, ils demeurent au second plan. La dimension d’aventure souvent présente dans ce type d’écrit s’efface alors au profit du récit d’une jeunesse pleine d’interrogations, de doutes, de rêves et de désillusions, dans un Portugal où le joug de la dictature salazariste, le conservatisme de la société portugaise, le refus de la guerre et du militarisme, un rapport compliqué aux parents – notamment au père – et la difficulté à trouver sa place pousseront l’auteur à prendre le chemin de l’exil. D’une plume aussi simple que touchante, qui arrive à saisir et restituer la candeur et les rêves de sa jeunesse, Jorge Valadas se dévoile et nous confie le souvenir des ces moments parmi les plus intimes, les plus précieux et les plus importants de sa construction existentielle et politique, les bifurcations qui ont fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. Ce faisant, il donne également à voir la façon l’histoire politique et coloniale, les pesanteurs sociales et les contraintes familiales se rencontrent et se nouent au sein de trajectoires individuelles, comment, en somme, notre existence est politique.