C'est ce roman qui a façonné mon goût pour la littérature ainsi que mon amour pour Vian. Boris Vian a écrit un roman véritablement dégueulasse (le seul autre roman m'ayant dégoûtée à ce point étant American Psycho), et pourtant je n'ai pu m'empêcher de compatir à cette rage éprouvée par Lee Anderson. Cette haine, bien qu'insupportable dans ses manifestations, m’a semblé d’une sincérité brute, presque viscérale. Elle ne cherche pas à être noble ni défendable, et pourtant, on la comprend. Vian parvient à la rendre intelligible, palpable, sans jamais l’excuser. Il met en regard, ou plutôt en tension, la violence des sentiments avec l’horreur des actes, révélant ainsi une dissonance morale profondément troublante.
Les violences subies par les jeunes femmes étant profondément dérangeantes, je peux comprendre que l'on questionne les intentions de l'auteur, surtout que le milieu de la littérature n'est pas exempt de vieux dégueulasses dans le genre (Sartre pour ne pas le nommer). Je pense toutefois que Vian a voulu montrer le lot des minorités en les mettant en totale opposition, et c'est en cela que j'estime que son roman est autant réussi.