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Bof
Il est très difficile d’apprécier un livre dans lequel il est impossible de s’identifier à un des protagonistes. Et plus encore si le narrateur et personnage principal est un froid manipulateur...
le 1 avr. 2022
Une femme qui se met dans la peau d'un homme ? Le projet m'a séduit, tant la question des essences féminines et masculines est un sujet qui me passionne. J'étais donc curieux de découvrir la vision qu'allait en dévoiler Marie Nimier. Le résultat m'a un peu déçu.
Alexis Leriche n'est pas seulement un homme, il est beau : grand, baraqué, un visage plein de charme. Donc, il plaît aux femmes, et il le sait. Marie Nimier l'a de surcroît imaginé atteint d'un trouble de l'ouïe : l'hyperacousie, qui fait entendre tout trop fort. On ne voit pas trop le rapport avec le sujet, mais cette particularité va orienter le destin de notre héros, en lui faisant fonder une association dont l'objet est d'enregistrer des voix. Ce qui justifie le statut d'association, c'est l'idée d'aider les aveugles, mais le but est bien, très prosaïquement, de faire du fric. Le mâle dont s'empare Marie Nimier est donc ambitieux. C'est un meneur de troupes. Rapidement, le Paradis des voix va grossir, générant de substantiels revenus au bien nommé Leriche.
Mais la seconde caractéristique du mâle, celle qui domine à la lecture du roman, c'est qu'il est travaillé par sa "queue". On ne compte plus les passages où Alexis fantasme sur telle ou telle créature, au point d'être contraint d'aller se masturber illico dans les toilettes. Il avait pourtant trouvé en Louise une compagne très aimante mais ça ne lui suffit pas. Une voyante, Mademoiselle Klara, va l'aiguiller sur une copine de collège, Delphine. Celle-ci avait tenté de se suicider devant l'indifférence de notre bourreau des cœurs. Elle est devenue une belle plante, le prototype de la femme fatale. Trop belle pour lui, même. Alors qu'elle est toujours partante (c'est comme ça dans les romans), notre héros va résister à l'envie de lui sauter dessus. Un véritable exploit, d'autant que l'envie n'est pas peu forte. Page 69, alors qu'elle ne fait que l'embrasser sur la joue, c'est tout le corps d'Alexis qui se tend comme son sexe : "Le temps s'étirait, j'avais l'impression d'être un grand élastique qu'elle tendait à sa guise et soudain, elle n'était plus là, la porte s'était refermée. Je retrouvai brutalement ma taille habituelle."
Delphine est aussi trop fortunée, puisqu'elle est de la haute alors qu'Alexis est un fils de boucher. C'est elle qui va signer le chèque permettant au Paradis de démarrer. Page 84 : "Je me mis à douter. A la trouver trop sûre d'elle-même, trop fabriquée, trop riche, comme on dit d'un aliment qu'il est riche en portant sa main à l'estomac."
Il va donc plutôt choisir sa meilleure amie, Zoé. Moins intimidante que Delphine, et tout de même très séduisante. Puisque toutes les femmes ne demandent qu'à succomber au charme de cet Apollon, Zoé va répondre à l'appel. Elle va servir de petite main indispensable à l'entreprise autant que de pourvoyeuse de services sexuels : bichon est un peu déprimé, hop, une petite turlute et ça repart. Le genre de scènes qu'on trouve habituellement sous la plume des hommes, tant il est clair que dans l'histoire la femme fait une croix sur sa propre jouissance, vu qu'une fois que monsieur est venu il n'est plus bon à rien. Peut-être Marie Nimier a-t-elle fait plus que de se mettre dans la peau de son personnage principal : écrire comme le fait celui qui est doté du fameux attribut obsédant ?
Alexis est aussi jaloux, ce qui l'amène à lire en secret le journal intime de "Baby Zoé". Page 143, s’agissant du précieux carnet : "Ce verbe encore, tenir, quand elle avoue qu'elle tient à lui plus que tout au monde. Et moi dans tout ça ? (...) Je suis pour elle, hein, je suis quoi, un coffre à jouets, avec mon poireau en guise de baguette magique ? [bof]" Le jour où il va découvrir qu'elle a recontacté son ex, Enzo le bel Italien, il n'y tiendra plus, dévoilant ainsi qu'il lit le journal intime en cachette. Zoé, plutôt que de se scandaliser de cette trahison, se justifiera, bonne poire. Les femmes, décidément, ne sont pas plus à la fête que le narrateur dans ce Je suis un homme.
Avec Delphine, ça va pourtant presque finir par se faire. D'ailleurs, Zoé le souhaitait figurez-vous ! L'occasion d'une petite scène porno, dans laquelle Marie Nimier, page 177, décrit toutefois une sensation très juste :
Je me souviens m'être retenu pour ne pas toucher mon sexe, j'avais peur de jouir dans ma propre main, mais peur aussi de débander ; j'étais pris entre les deux extrêmes qui se rejoignent à l'endroit du fiasco.
... mais aussi d'une métaphore banale, lorsque Delphine s'empare d'un préservatif : "Là encore, quel gâchis, comme offrir un bouquet de fleurs dans un sac en plastique".
On va ainsi suivre sur 233 pages les tribulations professionnelles et amoureuses de ce "macho, dans le bon sens du terme". J'ignorais qu'il y eût un bon sens de ce terme-là. C'est un peu comme dire "crétin dans le bon sens du terme" ou "rustre dans le bon sens du terme", non ?
Il est bien difficile de s'attacher à un tel personnage, pas plus d'ailleurs qu'à ceux qui l'entourent. Le récit est bien mené, certes, on tourne aisément les pages, mais on le fait avec une certaine distance. D'où un sentiment mitigé au sortir de la lecture. Concluons par cette faute de français indigne de Gallimard, page 212 : "La musique était d'Ennio Morricone, je m'en rappelais maintenant". Oh !!! S'en rappeler ! Que fait le service de relecture ?
Créée
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