C’est un pavé. Un vrai. Et clairement pas le genre de livre qui cherche à vous séduire dès les premières pages. Le rythme est lent, les descriptions longues, les notes de bas de page envahissantes. On peut même se demander où tout ça va. Et puis, sans trop prévenir, quelque chose s’opère : l’Angleterre prend une autre couleur, la magie s’infiltre dans le réel, et on finit par s’y sentir étrangement bien.
Le roman raconte le retour de la magie dans une Angleterre du XIXe siècle très réaliste, portée par deux figures opposées : le réservé Mr Norrell et le plus flamboyant Jonathan Strange. Leur relation, entre fascination et rivalité, donne au récit toute sa dynamique.
Mais l’essentiel n’est pas tant l’intrigue que l’atmosphère. Susanna Clarke construit un monde d’une richesse impressionnante, nourri de folklore, de légendes et de détails parfois minuscules… mais jamais anodins. Les fameuses notes de bas de page, souvent redoutées, participent justement à cette impression de profondeur, comme si l’histoire débordait du livre.
Oui, c’est long. Oui, ça digresse. Mais une fois dedans, difficile d’en sortir. Le récit devient presque une habitude, comme une histoire qu’on viendrait écouter chaque soir.
À la fois roman historique, conte fantastique et fresque étrange, Jonathan Strange & Mr Norrell demande de la patience mais offre en retour un voyage rare, dense et profondément immersif.
Un livre dans lequel on se perd… et où l’on finit par rester.