Jouer le jeu
6.9
Jouer le jeu

livre de Fatima Daas (2025)

Qu’écrire, c’est la seule manière de rester soi dans un monde qui distribue trop vite les rôles.

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On comprend très vite que Jouer le jeu n’a rien d’un roman initiatique classique.

Fatima Daas ne célèbre pas la jeunesse, elle en montre les frottements — les zones où ça coince, où ça gratte, où ça se fissure sans prévenir.


Kayden observe le monde comme quelqu’un qui avance sur une ligne trop étroite.

Sa famille — Aïsha qui porte la fatigue sans se plaindre, Shadi qui protège en silence — forme un noyau simple, solide, presque banal. Une sorte de refuge qui ne dit pas son nom.

Et autour, il y a le lycée, ses alliances fragiles, ses ambitions qui naissent n’importe comment, souvent pour de mauvaises raisons.


La force du roman tient dans ce regard-là : Kayden comprend tout, mais trop tôt.

Elle voit ce que chacun devient pour survivre aux règles d’un système trop serré.

Elle note. Elle écrit.

Pas pour briller, mais pour rester debout.


Le basculement arrive presque sans bruit : Madame Fontaine lit ses textes.

Ce n’est pas une révélation, ni un miracle pédagogique.

C’est juste une femme qui reconnaît une étincelle et la pousse vers un concours que Kayden n’avait jamais vraiment imaginé.

Et là, le livre devient plus tranchant : l’ambition apparaît comme un endroit glissant, où chaque pas peut vous éloigner de ce que vous êtes encore en train de devenir.


Daas écrit sans effets.

Une langue brute, droite, qui ne cherche pas à émouvoir mais à tenir.

Un style qui s’approche parfois du carnet, parfois du journal, toujours à hauteur de respiration.


On ne lit pas Jouer le jeu pour les retournements, ni pour un suspense social.

On le lit pour son honnêteté : la manière dont il dit qu’on peut vouloir réussir sans savoir exactement ce que cela implique.

Qu’on peut se rêver ailleurs tout en ne supportant pas l’idée de partir.

Qu’écrire, parfois, c’est la seule manière de rester soi dans un monde qui distribue trop vite les rôles.


Ce n’est pas un roman spectaculaire.

C’est un roman juste.


Et cette justesse, dans ce type de récit, vaut beaucoup plus qu’un éclat.


NOTE : 14 / 20


🔴 https://www.youtube.com/playlist?list=PL20YyCbDV6ECMvmhSuCu8WtMbVtItUgMD

Le-General
7
Écrit par

Créée

le 17 nov. 2025

Critique lue 32 fois

Le-Général

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