Alors oui, évidemment, je suis fan de Fight Club.

Donc oui, évidemment, quand, au hasard du tripotage de titres sur mon Kindle, je suis tombée sur Chuck Palahniuk et l’unique bouquin que j’en avais, je me suis précipitée.

Journal intime (Diary) est une longue complainte adressée par Misty Marie Wilmot à son mari comateux, la décrivant elle non comme le narrateur, mais plutôt comme le personnage principal, contemplé.

Misty Marie a juste une vie de merde. Une enfance de pauvre dans une caravane, avec des rêves plein la tête, des images très précises, au dessin près, d’une île et d’une vie paradisiaque qu’elle ne fait qu’attendre. Jusqu’à la fac d’art plastique, jusqu’à ce que Peter entre dans sa vie, avec Waytansea Island, Wait-And-See t’as vu.

Misty Marie croit atteindre son rêve. Elle ne fait en fait que s’enfoncer dans sa déchéance d’une vie de merde, cette fois-ci à être l’esclave d’une famille dilapidant sa fortune, jusqu’à ce que Misty Marie en soit la seule subsistance.

Misty Marie croit arriver au sommet de sa vie médiocre quand son cher Peter (toi) fait une tentative de suicide et se retrouve comateux à l’hôpital. En sachant qu’il a passé ses derniers instants professionnels à cacher des pièces dans les maisons qu’il refaisait à neuf, pour les recouvrir de messages d’avertissement cachés, à l’attention de… qui ? Misty Marie ? La population de touristes du continent ? Sa famille insulaire ?

Le monde entier semble lui faire une drôle de blague, quand elle paraît la seule douée de sens commun, le seul être pragmatique dans cette nuée mystique qui prétendent tous qu’ils savent mieux ce qu’il faut faire.

La vraie descente aux enfers commence alors pour Misty Marie. Avec le retour de la créativité et la rupture avec la réalité, Misty Marie chemine sur le trajet des précédentes artistes de l’île, toutes géniales et maudites (il est question de syndrôme de Stendhal et de folie).

La narrateur dialogue avec un comateux (« et ça, est-ce que tu le sens « ) en usant et abusant des choeurs d’un chapitre à l’autre ( » juste pour que tu saches « ). Ce que l’on n’apprend pas en fac d’art plastique, c’est que l’effet en est hypnotique, et que Chuck Palahniuk décrit avec merveille la déchéance humaine, les personnages sont si dégueulasses et attachants que je me jetterai avec appétit sur les prochains. Certes, le dénouement est un peu mystique à mon goût, même si j’aime me baffrer d’un Stephen King de temps à autre, mais c’est avant tout pour l’écriture simple et envoutante.

Mais cela ne saurait être suffisant pour la description.

Il paraît que Chuck Palahniuk aime dans ses livres à théoriser sur les sujets abordés. Journal intime n’est pas en reste, puisqu’il contient également une critique de l’étude de l’art. Je me suis toujours demandée comment rester aux prises de son inspiration quand on ne fait qu’apprendre à la maîtriser. A la canaliser, l’engluer dans un mouvement quelconque, faire différent ou juste faire mieux. Comme ce jeune homme qui cumule les millilitres de son sperme dans un flacon, toute cette génération semble ne vouloir que faire pire pour tenter de réussir à encore faire réagir. Même le dégoût vaut-il mieux que l’indifférence ?

» If you’re here, then you’ve failed again «
Phae
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le 13 févr. 2013

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