Kinderzimmer
7.4
Kinderzimmer

livre de Valentine Goby (2013)

Forcément, on sait. Décider de lire Kinderzimmer de Valentine Goby ce n'est pas comme s'emparer d'un quelconque roman. Ce dernier terme convient-il d'ailleurs ? Un document, plutôt, tant il est évident que l'auteure sait de quoi elle parle et que la part de fiction ne pourra jamais prendre le dessus sur la réalité des faits, qu'ils aient eu lieu il y a près de 70 ans ne changeant rien à leur atrocité. Kinderzimmer raconte le quotidien de femmes enfermées dans le camp de concentration de Ravensbrück. Combien y ont été internées ? 135 000 environ. Combien y ont trouvé la mort ? Plus ou moins 90 000. Les chiffres ne disent rien de plus. Les mots, oui. Ceux contenus dans Kinderzimmer sont saillants et décharnés. Ils disent l'horreur, la puanteur, le désespoir et l'agonie. Et aussi les moments de fraternité, la solidarité, les très rares instants de minuscule bonheur partagé. Et cette pouponnière, ces bébés dont l'espérance de vie est de trois mois. Il faut pouvoir décrire leur condition, leur environnement, la tragédie des mères. Valentine Goby s'attarde sur les corps de ces femmes, leur déliquescence, décadence, décomposition, décrépitude, dégénérescence, dégradation. Elle ne nous épargne rien. Pourquoi le ferait-elle ? C'est un témoignage, sur le caractère d'abjection des hommes qui ont décidé ou permis cette abomination. Il est si facile de rejeter, d'oublier, de passer à autre chose. Kinderzimmer nous met le nez dedans. Pas d'échappatoire autre que de quitter le livre s'il nous est insupportable. Et si on parvient à le lire jusqu'au bout, il y a comme une délivrance et un soulagement. Dire de lui qu'on l'a aimé est physiquement impossible. Mais qu'il nous a secoué, nous a fait frissonner de dégoût, nous a mis le coeur au bord des lèvres, ça oui. Il serait indécent de parler de pathos, la romancière évoque une souffrance suprême autant qu'une volonté de survivre. Pas par simple courage mais par devoir, en hommage à celles et à ceux qui y ont laissé leur peau.

Cinephile-doux
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Romancières, je vous aime

Créée

le 25 avr. 2017

Critique lue 273 fois

Cinephile-doux

Écrit par

Critique lue 273 fois

2

D'autres avis sur Kinderzimmer

Kinderzimmer

Kinderzimmer

8

amarie

366 critiques

Critique de Kinderzimmer par amarie

Kinderzimmer le nom de la pouponnière du camp de concentration de Ravensbruck. Ravensbruck où sont enfermées des milliers de femmes, où il vaut mieux cacher sa grossesse pour ne pas mourir et espérer...

le 6 juin 2014

Kinderzimmer

Kinderzimmer

9

jerome60

1347 critiques

Critique de Kinderzimmer par jerome60

Mila a rendu quelques services à la résistance. Mais Mila a été dénoncée puis arrêtée. Direction Ravensbrück. 40 000 femmes dans le camp. Mila est une déportée parmi tant d’autres. Sauf que Mila est...

le 7 nov. 2013

Kinderzimmer

Kinderzimmer

9

Elsa_la_Cinéphile

219 critiques

Donner la vie dans un camp de la mort

Valentine Goby relate ici l'histoire de Mila, jeune femme qui a été déporté à Ravensbrück, camp nazi qui compte plus de quarante mille femmes en 1944. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une...

le 4 oct. 2015

Du même critique

Anatomie d'une chute

Anatomie d'une chute

6

Cinephile-doux

8268 critiques

Procès d'intentions

Depuis quelques années, le cinéma français, et plus particulièrement ses réalisatrices, trustent les lauriers dans les plus grands festivals. Au tour de Justine Triet d'être palmée à Cannes avec...

le 28 mai 2023

France

France

8

Cinephile-doux

8268 critiques

Triste et célèbre

Il est quand même drôle qu'un grand nombre des spectateurs de France ne retient du film que sa satire au vitriol (hum) des journalistes télé élevés au rang de stars et des errements des chaînes...

le 25 août 2021

The Power of the Dog

The Power of the Dog

8

Cinephile-doux

8268 critiques

Du genre masculin

Enfin un nouveau film de Jane Campion, 12 ans après Bright Star ! La puissance et la subtilité de la réalisatrice néo-zélandaise ne se sont manifestement pas affadies avec Le pouvoir du chien, un...

le 25 sept. 2021