Ordinairement, j'ai un peu de mal à lire du théâtre mais avec "Knock" de Jules Romains - de l'Académie française -, je n'ai rencontré aucune difficulté.
Comédie en trois actes, "Knock ou le triomphe de la médecine", donnée pour la première fois en 1923 à Paris, met en scène un médecin de campagne/montagne, le Dr Parpalaid, incompétent, fainéant et confiant en l'homme "bien-portant", accueillant comme successeur après vingt-cinq ans de services absents et inopérants le Dr Knock, de veine autodidacte, un personnage un rien obscur mais bien déterminé à répandre la bonne parole de la médecine moderne auprès d'une population guère accoutumée à consulter.
L'épidémie mondiale de grippe dite espagnole en 1918 a laissé dans les mémoires le traumatisme d'un fléau ayant fait plus de victimes que la Première Guerre mondiale et la concomitance de ces deux catastrophes a désabusé la population quant à la crédibilité des notables, qu'ils soient issus de la Faculté ou de l'Assemblée.
Dans un contexte sciemment rural et montagnard, Jules Romains propulse un personnage audacieux et assertif qui veut en réalité tirer son épingle d'un mauvais jeu (il pensait reprendre une belle patientèle alors qu'il n'en est rien) en rendant toute la population du canton hypocondriaque. Sous couvert de répandre les recommandations d'hygiène et de soin les plus modernes, il met en place un système économique qui repose sur la crédulité, la crainte de l'impalpable, la prévention des maladies et la supériorité supposée de l'homme de l'art. La satire est bien présente et encore valable aujourd'hui tant nous sommes quotidiennement harcelés par les messages de santé publique.
Même si on est loin du rire que "Le Malade imaginaire" ou "Le Médecin malgré lui" de Molière peuvent provoquer, le propos est si judicieusement amené que la comédie fonctionne parfaitement. J'ai passé un très bon moment.
Enfin, difficilement de ne pas faire le rapprochement entre l'étrange nom du personnage qui tient la pièce, Knock, et le terme "schnock" apparu au XIXème siècle pour désigner un nigaud, un imbécile, un crédule. Encore une fois, de nos jours, sommes-nous plus malins ou plus stupides que les villageois manipulés ?