Hérétique pour certains, saint ou gourou pour d’autres, JY Leloup ne laisse pas indifférent. Son parcours atypique traduit d’abord tout simplement le chemin d’un homme qui n’a cessé et ne cesse de chercher avec authenticité.
Les hommes libres font peur et JY Leloup est un homme épris de liberté, de la vraie liberté, c'est-à-dire de liberté d’abord par rapport à son petit moi étriqué, par rapport aux représentations mentales qui enferment la Réalité dans les limites étroites de la cérébralité humaine. C’est l’homme qui a brisé en lui-même les idoles intérieures aliénantes. Et c’est un travail jamais fini. Cela c’est pour son travail personnel intérieur. Mais de la même manière qu’il s’en est pris aux idoles qui l’habitent, il s’en prend aux idoles extérieures, à savoir toutes les formes de dogmatismes, toutes les formes institutionnelles qui prétendent pouvoir s’identifier parfaitement avec le « divin », toute forme de pouvoir, de rejet de l’autre.
Si JY Leloup rejette toute mentalité dogmatique et toute pensée fermée, il ne rejette certainement pas l’intelligence, ni l’étude approfondie des diverses traditions religieuses et spirituelles de l’humanité. Et j’apprécie tout particulièrement sa pensée ouverte qui sait à la fois distinguer et unir. C’est particulièrement visible lorsqu’il répond aux accusations de syncrétisme qui lui ont été faites :
la Bible est un chef-d'œuvre de syncrétisme ! Tous les exégètes sérieux savent ce que le peuple d'Israël a emprunté aux nations environnantes, que ce soit la sagesse des Égyptiens ou les grands mythes assyro-babyloniens. Qui pourrait nier par ailleurs les influences de la gnose et du stoïcisme dans les écrits de saint Paul ou de saint Jean ?
Il s'agit là d'un « syncrétisme inspiré », qui discerne, qui assimile et adapte à la vocation qui lui est propre ce qu'il y a de meilleur dans ce que l'Esprit inspire aux « autres ». C'est ce que continuera à faire par la suite la grande tradition chrétienne en assimilant autant que possible l'héritage grec sans trahir l'héritage sémitique. Qu'on songe à Origène, Clément d'Alexandrie, Grégoire de Nysse, Maxime le Confesseur, jusqu'à Thomas d'Aquin, qui « assimila » la philosophie d'Aristote au point d'en faire la « doctrine commune » de la théologie catholique romaine. C'est vrai qu'il fut en son temps accusé de dangereux syncrétisme !
L'enracinement des théologiens médiévaux les rendait beaucoup plus ouverts qu'on ne l'imagine. On ne dira jamais assez tout ce que leur enseignement doit aux « maîtres païens », non seulement Platon, Proclus et Aristote, mais aussi aux musulmans et aux juifs par lesquels ils connurent leurs œuvres : Averroès, Avicenne, Maimonide, etc.
Le seul texte catholique dans lequel je n'ai pas trouvé de syncrétisme, c'est le droit canon romain. Je n'y ai en effet trouvé aucune parole d'Évangile... Hélas !
Si une personne veut lire un récit vécu d’un chemin d’individuation dont parle Jung, je recommande ce livre, car si quelqu'un a vécu ce processus, c’est bien JY Leloup.
Il y aurait bien plus à dire sur ce livre dense qui est à la fois un récit biographique, une réflexion approfondie sur bien des sujets qui travaillent de nombreuses personnes aujourd'hui : "qu'est-ce que la vérité, comment parler de la réalité, comment se situer face au religieux, qu'est-ce qu'être humain, un maître est-il nécessaire". Il ne répond pas de manière dogmatique mais à travers sa propre expérience sans rien imposer à qui que ce soit. Ce témoignage est une invitation adressée à chaque lecteur à se mettre soi-même en route en quittant ses certitudes et sécurités intérieures.