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366 critiques
Affaires humaines
On ne peut limiter cet ouvrage à l’étude d’une injustice particulière : c’est bien l’ensemble de l’institution judiciaire qui est ici dénoncée dans sa parfaite inadéquation aux réalités humaines...
le 16 avr. 2015
En lisant le roman méconnu de Wassermann : L'affaire Maurizius, on reprend confiance en l'humanité. Cet écrivain juif a su avec une acuité miraculeuse dépeindre le trouble d'une civilisation juste avant la catastrophe, l'effondrement moral.
On y voit l'Allemagne, au sommet de sa civilisation, remettre en cause ses acquis, douter de la pertinence de ses bases. À travers un jeune garçon idéaliste et suprêmement intelligent, Etzel, la rupture est consommée :cet enfant favorisé d'un haut magistrat austère, cultivé et omnipotent, va découvrir que ce père symbole de la justice implacable a failli, qu'il s'est trompé parce qu'il était trop certain de son pouvoir de juger. Ce juge n'a pas voulu voir l'innocence d'un accusé il y a une vingtaine d'années et l'a condamné injustement à la prison. Ses certitudes sur la justice, ses convictions intellectuelles, l'ont aveuglé sur tous les indices qui innocentaient ce supposé criminel qui s'est en fait sacrifié pour sauver la femme qu'il aimait. Il a rejeté d'un revers de main dédaigneux tous ceux qui lui disaient qu'il se trompait. Cet homme qui a été capable de séparer une mère de son enfant en condamnant à l'exil sa femme coupable d'adultère n'a pas vu ce qu'a compris un gamin de 15 ans.
Etzel quitte donc le domicile de son père pour l'obliger à revenir sur cette erreur passée qui apparaît comme un symbole de la fausseté foncière d'une civilisation.
Les dialogues hallucinants de profondeur nous font découvrir l'âme malade des personnages. Dialogues entre le jeune homme et des représentants du peuple allemand qu'il découvre à Berlin, entre le juge et le prisonnier qu'il a contribué à condamner, entre ce dernier et une sorte d'ange maudit alliant la plus haute culture et le cœur le plus pervers, entre la femme punie et son juge de mari …
Avec ce roman magnifique, nous découvrons le lit policé qui n'attend plus que le barbare fédérateur pour faire exploser une violence destructrice de toutes les valeurs qu'on cherche en bloc à rejeter ( la justice est faillible? rejetons donc la justice! avec ce genre de raisonnement simpliste, on court forcément à la catastrophe). Comme Longerich ou Ingrao l'ont démontré, c'est avec l' assentiment des intellectuels, de ceux qui portaient la civilisation la plus aboutie que les barbares, les violents, les primaires ont pu agir ; parce que leur âme était pourrie, parce qu'ils ne croyaient plus en la justice ou plutôt qu'elle n'était devenue qu'un mot vide de sens.
Que ce soit un écrivain juif qui ait compris le mieux ce qui se passait en Occident est très signifiant...
A méditer car notre époque ressemble beaucoup à celle décrite dans le roman – ou peut-être n'avons nous toujours pas dépassé le stade de l'effondrement...
« Un désir de destruction profond et morbide se manifeste dans les rangs de ceux qui vibrent devant les grands problèmes. Si l'on ne peut y remédier ( et j'ai peur qu'il ne soit déjà trop tard) il faut s'attendre d'ici cinquante ans à un cataclysme effroyable qui dépassera en horreur toutes les guerres et toutes les révolutions que nous avons vues jusqu'ici. Il est étrange que la destruction émane souvent de ceux-là mêmes qui se croient les gardiens des biens considérés comme les plus sacrés. » ( p. 388, Archi Poche)
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Créée
le 28 janv. 2025
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8
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le 16 avr. 2015
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