J'ai été un peu décontenancé par cette nouvelle. Pour faire court, je m'attendais à quelque chose de véritablement horrifique, terrible.
Et bien, comme je l'ai lu quelque part, il ne suffit pas de répéter que l'ombre d'un coin de table se projetant sur le bois usé était absolument horrible pour que ça le devienne dans la tête du lecteur.
Par contre, énorme mérite à Lovecraft sur sa façon de mettre en scène ses nouvelles. Celles que j'ai pu lire sont toujours écrite sous la forme de "compte rendu" quasi-scientifique, le genre de texte que l'on pourrait trouver dans les vieux dossiers de son grand père décédé et qui nous ferait découvrir l'horreur invisible mais réelle du monde.
Ce style nous implique directement dans l'histoire, nous plonge dans l'ambiance et assurément accroche le lecteur dès les premières lignes ( même si c'est pour ensuite se coltiner des descriptions architecturales pendant trois pages, entrecoupées de "horribles", "terrifiantes", avec trop peu de choses qui nous amènent à partager ce constat ).
Disons que la fin, dans ses très gros traits, nous est donnée dès le début. Le reste est amené très lentement, par touche. Du coup, aucun moment ne transcende par son horreur, et la fin ( véritable ) de la nouvelle ne fait que difficilement frémir. Je ne sais pas, je n'ai pas réussis à partager cette peur jusqu'aux frontières ( et au delà ) de la folies avec les personnages. C'est certes glauque, mais convenu ( " Ouuuuh les méchants poissons qui puent et qui sont très puissants dans leur cité, avec leurs adeptes et leurs sectes et leurs rituels, ouuuuuh c'est horrible, ouuuuuuh les gens deviennent fou tellement ça fait peuuuur " C'est caricaturale, certes, mais il y a un peu de ça chez Lovecraft ).
Peut être que le lecteur est un peu trop poussé dans ce qu'il est sensé ressentir : Lovecraft vous montre un détail, mais il l'entoure de rouge avec des têtes de morts et des " c'est effrayants, terriblement effrayants, tellement effrayants que les gens deviennent fou rien qu'en le voyant ". Les gens peut être, mais pas moi. Je peux essayer d'imaginer par empathie certes, mais ça reste très superficiel.
Par rapport à ce qu'on pu en faire les rolistes par exemple, poussant véritablement toujours plus loin dans l'horreur et le suspens, j'ai été déçu par le "texte fondateur". Cela dit, il n'en reste pas moins que Lovecraft a un très grand talent ( malgrès son racisme et son élitisme vraiment lourd à force. Un personnage voit un monstre, il va se dire " soit c'est un monstre, soit c'est les gens du coin qui ont couché avec des "étrangers" ( par là entendre blacks ou asiats ) ". ). J'attends de lire la suite avec l'espérance et l'impatience de ne pas être déçu, en espérant être plus réceptif au malaise que je suis sensé ressentir en lisant un tel "génie du mal".