Un pur régal du début à la fin. Par une intrigue qui réécrit l’histoire de L’origine des espèces de Darwin, Morrow nous livre une œuvre complète. Digne héritière des romans d’aventures du XIXème siècle, il nous plonge dans celle de Chloe qui enchaînera les péripéties les plus improbables en essayant de rejoindre les Galapagos. Sarcastique, malicieux, ironique, moqueur, acerbe, incisif, absurde, le roman de Morrow n’épargnera pas ceux qui se mettent en travers de la marche imparable de l’évolution, qu’ils soient fictifs ou non. L’œuvre se révèle d’autant plus intelligente que le personnage de Chloe reste autant velléitaire au cours du récit, suivant son propre instinct plutôt que de suivre celui qu’on lui impose, ce qui lui donnera un véritable parcours initiatique qui lui permettra de comprendre toute la puissance et la beauté de cette théorie si révolutionnaire.
Au cours de sa quête, elle sera accompagnée d’une série de personnages tout aussi colorés et burlesque que le récit dans lequel ils se retrouvent. Outre notre vénérable Darwin et sa famille, nous croiseront également d’autres figures scientifiques qui ont jalonné cette histoire évolutive. Et c’est là l’une des forces de l’œuvre de Morrow : en s’ancrant dans l’aventures et l’imaginaire, le tout teinté d’un humour très acéré, cela lui permet de prendre le recul concernant le MacGuffin et d’en tirer non seulement ses conclusions, mais aussi ses répercussions et ses conséquences sur notre société (sexisme, colonialisme) et la science (eugénisme, créationisme). Ainsi, les personnages seront tantôt prophétiques, tantôt incrédules, tantôt illuminés, et c’est ce qui permet de garder ce ton moqueur tout au long du récit, jusqu’à sa conclusion aussi puissante qu’un ouragan.
Le style très incisif de l’auteur couplé à une protagoniste forte et attachante, même dans ses moments les moins glorieux, au sein d’un récit où l’extraordinaire et l’improbable côtoient la rigueur scientifique et la foi religieuse, donnent au roman une saveur particulière. On passera outre les chapitres à rallonges aux titres tous plus absurdes les uns que les autres, le registre propre aux romans romanesque du XIXème siècle où personne ne parle comme on parlerait dans la vrai vie, ou encore les invraisemblances qui font passer les deus ex machina pour de la rationalité. C’est un récit riche, dense, coloré, fouillé, où, à l’image de Chloe, le lecteur se lance dans une aventure luxuriante où chaque page peut cacher l’incroyable.
C’est bien sûr le titre et le résumé qui m’avaient attiré sur ce roman, mais je ne pensais pas trouver une intrigue aussi palpitante et divertissante, de laquelle on ressort lessivé mais avec le sentiment du devoir accompli. Un régal à lire absolument !